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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/342

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l’avènement des Jeunes-Turcs semblaient inaugurer un régime tout nouveau, établi sur des bases constitutionnelles, avec l’égalité et la liberté comme fondement de l’édifice. L’Europe entière fit, de bon cœur, crédit de confiance, de temps et d’argent à la Jeune-Turquie ; enfin allait disparaître cette question lancinante des « réformes ; » la plainte toujours renaissante des populations non turques allait cesser de monter vers les nations civilisées. Une chance de salut était offerte à la Turquie affaiblie ; l’Europe l’aiderait de tout son pouvoir à se réorganiser et à devenir un Etat moderne. La situation diplomatique de la Jeune-Turquie à ses débuts était excellente ; les affaires de Bosnie et de Bulgarie, loin de l’affaiblir, avaient rehaussé son prestige et rempli son trésor ; au dehors les ambitions désarmaient : au dedans la réconciliation se faisait dans une bonne volonté générale et dans un enthousiasme sincère pour la révolution : on voyait les bandes bulgares, grecques, serbes, déposer les armes, fraterniser avec les Turcs. Ce concours de tous les cœurs et de toutes les énergies à une œuvre commune de régénération et de salut allait être de courte durée : les désillusions étaient proches.

C’est un fait connu que la révolution du 23 juillet a été précipitée, sinon déterminée, par l’entrevue de Revel et les projets de réformes pour la Macédoine préparés par les gouvernemens russe et anglais. La révolution du 23 juillet, en même temps qu’elle était dirigée contre la tyrannie d’Abd-ul-Hamid, était aussi et surtout une protestation contre ses faiblesses vis-à-vis des étrangers, c’est-à-dire contre le régime des réformes qui allait se développant en Macédoine. Plus encore que libéral, le mouvement jeune-turc a été un mouvement nationaliste et antiétranger. Les élections législatives d’août et de septembre 1908 démontrèrent que l’égalité promise aux diverses nationalités et aux diverses confessions n’était qu’un leurre ; par des actes flagrans de mauvaise foi et d’illégalité, la représentation des chrétiens à la Chambre fut réduite à d’infimes proportions : les Bulgares et les Grecs s’en plaignirent aux consuls dans des mémoires qui restèrent sans écho. Le « programme politique du Comité jeune-turc Union et Progrès, » à côté de phrases générales sur l’égalité de tous les citoyens et sur le respect des privilèges religieux, affirme nettement les droits de la langue turque comme langue officielle, le caractère homogène et uniforme qui doit être donné à l’enseignement de tous les citoyens avec, à la