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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/333

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avons écrit depuis 1905, ils se trouveront conduits jusqu’aux approches de la guerre actuelle. Notre intention, aujourd’hui, n’est que de leur faciliter ce coup d’œil d’ensemble sur un long passé et de dégager à leur usage l’enchaînement des faits et des conséquences qui aboutissent aux champs de bataille d’Andrinople.


I

Lorsque les Turcs conquirent la péninsule des Balkans, ils ne cherchèrent pas à assimiler les peuples vaincus, à leur imposer leur langue et leur foi ; ils leur laissèrent leur organisation à part, si bien qu’au XIXe siècle, quand le grand souffle venu de France éveilla la conscience des peuples, les nationalités se constituèrent dans les cadres religieux et sociaux qui avaient survécu à la complète. Les Monténégrins avaient toujours gardé dans leurs montagnes un noyau d’indépendance ; les Serbes proclamèrent leur autonomie en 1804, les Grecs en 1821, et ce furent les insurrections et les plaintes des chrétiens de Macédoine, de Bosnie, d’Herzégovine, de Roumélie qui finirent par amener la guerre de 1877. Par le traité de San Stefano, les pays chrétiens de la Turquie d’Europe étaient séparés de l’Empire Ottoman. Les hauts plénipotentiaires de l’Europe, lorsqu’ils s’assemblèrent à Berlin sous la présidence de Bismarck, ne se préoccupèrent à aucun moment de satisfaire les aspirations des peuples ; ils découpèrent les territoires et répartirent les âmes de manière à trouver une formule de paix qui fût acceptée par toutes les grandes puissances ; ils dosèrent les avantages de chacune pour atténuer les jalousies et satisfaire les appétits. On n’admit au Congrès ni les représentans des petits