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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/295

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L’homme qui, depuis le commencement du règne, tient ce rôle de tuteur du Roi, Maurepas, est chargé d’ans, sa santé s’affaiblit : « la goutte le ronge » et peut l’emporter brusquement. Il convient donc que, dès maintenant, la Reine s’occupe, comme le dit Mercy-Argenteau, de « son remplacement éventuel, » et c’est l’objet de nombreuses conférences entre la jeune princesse et lui. Mais, en attendant ce moment, il serait bon que Marie-Antoinette cherchât à agir sur Maurepas et à faire de lui un allié. Ce serait chose aisée, pour peu qu’elle s’en donnât la peine. Il suffirait, sans doute, de « flatter son amour-propre par des démonstrations de confiance. » La Reine, jusqu’à ce jour, s’y est fort mal prise avec lui ; elle n’a jamais « su le réduire, ni par la force, ni par de bons traitemens. » Qu’elle s’applique donc à changer de méthode. « Naturellement vain, faible et timoré, Maurepas, assure l’ambassadeur, serait aux ordres de la Reine, » à condition qu’il crût trouver près d’elle « un appui solide et durable. » II faut que Marie-Antoinette s’adonne sans tarder à cette tâche et qu’elle consente à jouer cette petite comédie. C’est le refrain qui, constamment chaulé aux oreilles de la jeune souveraine, ne saurait manquer, à la longue, de faire impression sur son âme.

Il est un fait certain, c’est que, loin de faiblir, rattachement du Roi pour Maurepas augmentait avec les années. Tous les témoignages le proclament, à commencer par l’abbé de Véri, que son intimité dans la maison de Maurepas mettait à même d’être bien renseigné. « Il est le seul, écrit-il à cette date [1], que le Roi traite avec considération. Je ne dis pas par là qu’il maltraite les autres minisites, mais ils ont souvent de la peine à obtenir de lui des momens de travail, et ce n’est que M. de Maurepas qui les leur procure. L’indifférence du Roi pour leurs personnes et pour les affaires surmonte chez lui les effets d’un bon naturel et d’une volonté portée au bien. On ne lui voit aucun goût de préférence pour qui que ce soit, M. de Maurepas excepté… Il disait l’autre jour, en parlant de lui : Outre sa mémoire et sa gaîté, qui surprennent à son âge, il a la tête très bonne. » L’abbé de Véri, sur ce point, s’accorde avec Louis XVI : « Le Roi ne se trompe pas, dit-il, M. de Maurepas voit parfaitement bien, et, s’il avait un caractère conforme aux vues de son esprit,

  1. Journal de Véri, 1779.