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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/28

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son beau-frère, blessé d’ailleurs de n’avoir su les choses que lorsqu’elles étaient accomplies, était peu disposé à laisser son alliée poursuivre et consolider sa conquête. Sans doute, — pour maintes raisons, — était-il décidé au maintien de la paix, sous cette condition, cependant, que rien ne serait modifié dans l’équilibre de l’Europe et que l’Empire serait maintenu dans ses anciennes limites. Aussi, dès le début, avait-on, à Versailles, accueilli favorablement les secrètes ouvertures du Cabinet prussien. Par l’intermédiaire de Jaucourt, ministre de France à Berlin, et du baron de Goltz, ministre de Prusse à Paris, une politique d’entente se négociait entre les deux puissances. La Prusse nous laisserait les mains libres dans notre lutte avec la Grande-Bretagne ; la France, de son côté, laisserait agir la Prusse dans le conflit probable avec l’Autriche ; car Frédéric était bien résolu à s’opposer, au besoin par la force, à l’annexion des provinces bavaroises, et déjà les forces prussiennes se rassemblaient aux frontières de Bohème.

Louis XVI, Maurepas, Vergennes, Necker, tous, cette fois, se trouvaient d’accord pour soutenir cette sage politique. Il ne fallait pas moins que cette parfaite union pour parer aux difficultés qu’entraînerait vraisemblablement, en cette passe délicate, la présence sur le trône français d’une princesse autrichienne. Marie-Antoinette, à dire vrai, avait d’abord assez vivement blâmé, avec son bon sens naturel, l’initiative audacieuse de Joseph. Elle mandait à sa confidente, Mme de Polignac, qu’elle « craignait bien que, dans l’occasion présente, son frère ne fit des siennes [1]. » Le propos, répété, avait fait du bruit à Versailles. Aussi Mercy, fort alarmé de ces dispositions, s’était-il dépêché de faire la leçon à la Reine. « D’une parole inconsidérée, on pourrait conclure, disait-il, que la Reine, loin d’adopter les vues de son auguste Maison et de les soutenir, les craint, au contraire, et les désapprouve. » Il n’avait donc rien épargné pour démontrer à sa royale élève le scandale d’une pareille conduite et la ramener à une attitude plus conforme à la politique autrichienne. La cour de Vienne fit bientôt chorus avec lui. On commençait à ressentir d’assez graves inquiétudes. L’annonce des préparatifs de la Prusse, la suspicion des pourparlers qui avaient lieu entre les Cabinets de Berlin et de

  1. Lettre de Mercy-Argenteau à l’Impératrice, du 17 janvier 1778. — Correspondance publiée par d’Arneth.