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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/242

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dans le cas où certaines éventualités viendraient à se produire, ne se rattachaient pas spécialement à la péninsule balkanique et ceux qui s’y rattachent, si les alliances avaient été formées relativement à eux, auraient peut-être amené d’autres combinaisons. Cela n’est d’ailleurs pas moins vrai pour la Triple-Alliance que pour la Triple-Entente, mais nous n’avons naturellement souci que de cette dernière. On a essayé d’y porter atteinte par des mouvemens d’opinion qui, fort heureusement, ne se sont manifestés que dans les journaux. Lorsque M. Sasonoff, après avoir quitté Paris, est revenu à Saint-Pétersbourg, il y a été accueilli par les clameurs de la presse panslaviste. On l’a accusé avec amertume d’avoir trop facilement cédé aux suggestions de M. Poincaré ; on lui a reproché avec véhémence d’avoir accepté que la diplomatie russe fit des démarches communes avec la diplomatie autrichienne auprès des gouvernemens balkaniques. La tempête déchaînée contre lui s’est tournée aussi contre nous : un journal russe a même revendiqué pour son pays la liberté de choisir d’autres alliances. C’est une liberté qu’il a incontestablement et que personne ne peut lui enlever, mais dont il ne semble pas devoir user. M. Sasonoff a déclaré, après avoir vu l’Empereur, qu’il avait toute la confiance de son maître, ce qui suffit à son autorité. La presse française n’est pas tombée dans le piège qu’on lui tendait ; elle a généralement évité les polémiques avec la presse russe ; s’il y a eu des exceptions, elles ont été très rares. Avec l’Angleterre, il s’est passé quelque chose de semblable et, de ce côté, nous avons été plus imprudens, car les accusations et les reproches sont venus de nos journaux. Adressés au gouvernement anglais, ils étaient souverainement injustes. Le gouvernement anglais a eu à notre égard, dans les affaires balkaniques, une attitude correcte, loyale et, à notre avis, très sensée. S’il n’a pas montré une confiance empressée dans l’efficacité des remèdes à appliquer in extremis à la paix déjà bien malade, on ne saurait en faire un grief à sa perspicacité, et d’ailleurs, il a mis, comme les autres, sa signature au bas de l’ordonnance : ce n’est pas sa faute si elle n’a pas opéré. Quelques-uns de nos journaux ont montré contre lui une mauvaise humeur regrettable : on s’en est un peu amusé en Allemagne, où on a affecté de croire que l’Entente cordiale n’était plus aussi solide qu’autrefois, ou même qu’elle n’était plus solide du tout. Certes, cela n’était pas vrai, mais nous devons veiller avec soin à ce que cela ne le devienne pas, et c’est à cette préoccupation que M. Poincaré a répondu, pour la dissiper, dans son discours de Nantes auquel nous avons