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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/24

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qu’il fût, ne devait tenir son pouvoir que du consentement populaire, devenir à la fois artisan de révolution et fondateur de république, c’était, pour un roi absolu, une entreprise étrangement hasardeuse, c’était ébranler par la base la fiction séculaire sur laquelle reposait tout le vénérable édifice. Le peuple eut la vague intuition de cette anomalie. Les classes plus éclairées en furent frappées comme d’un jet de lumière. Le fétichisme monarchique reçut donc une mortelle atteinte, une idole discutée équivalant à une idole détruite. Il ne fallut pas dix années pour qu’on en eût la preuve. Comme le constate justement Soulavie, « le plus grand nombre de ces gentilshommes démocrates qui, en 1789, proposèrent la Déclaration des droits, abolirent les privilèges, détruisirent les fondemens de l’antique royauté, avaient fait aux Etats-Unis leurs études révolutionnaires [1]. »


IV

La guerre de l’indépendance d’Amérique n’est pas le seul fait extérieur qui, dans cette même période, ait influé sur la marche des événemens et contribué, par contre-coup, au dénouement du drame. Pour dresser le bilan exact de la grande faillite monarchique, il convient également de faire entrer en compte le conflit, moins grave à coup sûr et surtout moins retentissant, qui faillit dissoudre entièrement et qui ébranla pour toujours l’alliance de la France et de l’Autriche, et jeta Marie-Antoinette dans les plus douloureuses angoisses, dans la situation la plus fausse et la plus dangereuse où puisse se trouver une souveraine. Peut-être aucune circonstance de sa vie ne lui aliéna-t-elle d’une manière plus profonde, — et aussi plus injuste, — le cœur de la nation française. Il faut, pour l’intelligence du récit, remonter un peu en arrière, jusqu’au retour de l’empereur Joseph II à Vienne, après trois mois de séjour en France.

Le voyage impérial, s’il manqua son but essentiel, — qui était, comme nous l’avons vu, de modifier l’esprit de la cour de Versailles, — aboutit néanmoins à un résultat important autant qu’inattendu. Il changea l’opinion du souverain

  1. Mémoires sur le règne de Louis XVI.