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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/238

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téresser. La paix était donc nécessaire : il fallait seulement trouver, comme on dit, une formule qui ménageât la dignité des deux parties. Les négociateurs italiens et turcs avaient l’esprit assez subtil pour la trouver, mais aussi pour la compliquer, et c’est pourquoi ils l’ont trouvée en effet, mais ils y ont mis quelque temps. Au fond, il n’y avait qu’une difficulté : elle tenait à ce que l’Italie avait proclamé l’annexion de la Libye et que la Porte ne voulait ni ne pouvait la reconnaître, ses traditions lui interdisant de renoncer à un pays musulman au profit d’une puissance chrétienne. Comment tourner la difficulté ? Un moyen se présentait : c’était que la Porte proclamât l’indépendance de la Libye ; l’Italie en disposerait ensuite suivant ses moyens. Le procédé prêtait à quelque ironie et on ne la lui a pas épargnée, mais il n’y en avait pas d’autre. En fin de compte, la Porte disait à la Libye : — Nous ne pouvons plus rien pour vous, vos destinées sont entre vos mains. — Toutefois, si la Porte consentait à rompre ou à dénouer le lien politique, elle entendait maintenir le lien religieux : sur ce point, elle a été irréductible. Heureusement il y avait un précédent ; n’y en a-t-il pas toujours ? Quand l’Autriche a traité avec la Porte au sujet de l’annexion de L’Herzégovine et de la Bosnie, — on voit l’analogie, — elle a consenti à ce que le Sultan y conservât un représentant religieux. Le Sultan en aura donc un en Libye ; il portera même le titre de calife ; il aura des pouvoirs sur lesquels on a discuté beaucoup, c’est même ce qui a fait durer si longtemps la négociation. Nous ignorons d’ailleurs ce que seront au juste ces pouvoirs. Le traité qui a été publié ne porte que sur les conventions d’ordre matériel : le reste est mystère. La conséquence de ce qui précède est que les troupes turques évacueront la Libye : d’autre part, les troupes italiennes évacueront les îles de la mer Egée. La seconde opération ne se fera que lorsque la première sera terminée., Si les Italiens espèrent qu’il faudra quelque temps pour cela, ils ne se trompent probablement pas. L’évacuation de la Libye par les troupes turques n’est pas d’une exécution aussi simple qu’on pourrait le croire ; mais on y réussira, car tout a une fin.

L’Europe a éprouvé du soulagement en apprenant que la guerre turco-italienne avait atteint la sienne : elle l’a prouvé par l’empressement qu’elle a mis à reconnaître la prise de possession de la Libye. La France a fait cette reconnaissance quelque quarante-huit heures après les autres, parce qu’elle avait à convenir d’un règlement préalable avec l’Italie et, si on en juge par la lecture des journaux, l’opinion italienne en a éprouvé une irritation qui montre à quel point sa