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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/236

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nul ne pourrait les appuyer sur une base solide : bornons-nous donc à montrer la situation actuelle. L’intérêt de l’armée turque étant, comme nous l’avons dit, de retarder la bataille, elle a renoncé à défendre la frontière et s’est retranchée sur une première ligne de défense qui allait d’Andrinople à Kirk-Kilissé. Plus au Sud une seconde ligne s’étend de Dimotica à Lule-Bourgas. Une troisième enveloppe Constantinople. Andrinople est une place très forte qui semble devoir opposer aux Bulgares une résistance sérieuse, soit qu’ils lui livrent assaut, soit qu’ils l’assiègent. Kirk-Kilissé, à l’extrémité orientale de la première ligne, était une place moins forte ; elle contenait seulement 25 à 30 000 hommes. Cela étant, on se demandait ce que feraient les Bulgares. Assiégeraient-ils Andrinople ? Essaieraient-ils de rompre la ligne de défense turque sur un autre point et lequel ? S’ils réussissaient, masqueraient-ils Andrinople par un rideau militaire et marcheraient-ils sur Constantinople ? Au moment où nous sommes, on ne peut répondre qu’à la seconde de ces questions : les Bulgares, jugeant que Kirk-Kilissé était un point faible de la ligne turque, y ont porté leur premier effort ; pendant trois jours un combat acharné a eu lieu autour de la place ; il s’est finalement terminé à leur profit. Il semble qu’au dernier moment une panique se soit produite dans les troupes ottomanes ; elles se sont retirées en désordre vers l’Est. L’effet a été immense. A partir de ce moment on a commencé à se demander en Europe si la cause ottomane n’était pas définitivement perdue, impression trop rapide sans doute, mais dont il faut tenir compte comme d’un élément propre à influencer les faits ultérieurs : les impondérables pèsent à la guerre comme en politique, et ici, la politique et la guerre se confondent. Les Turcs ont dit, mais personne ne les a crus — comment aurait-on pu le faire ? — que l’abandon de Kirk-Kilissé entrait dans leur plan, que ce n’était là qu’un combat d’avant-garde qui avait pour but, non pas de battre les Bulgares, mais de les retarder et de les fatiguer. Soit ; mais il ne faut rien exagérer et les Turcs ont singulièrement exagéré da méthode qui consiste à choisir son terrain de combat, à y attendre l’ennemi de pied ferme et à abandonner tout le reste. Que de choses n’ont-ils pas aujourd’hui à réparer !

Les hypothèses demeurent diverses sur ce que feront à présent les Bulgares. On s’est demandé si, après avoir tourné à Kirk-Kilissé la première ligne de défense des Turcs, ils n’essaieraient pas de tourner la seconde et de se porter rapidement sur Constantinople par une sorte de raid éblouissant. Une telle conception ne manquerait pas