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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/233

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




Les événemens se sont précipités depuis quinze jours dans les Balkans avec une grande rapidité, pas assez grande cependant pour qu’on puisse dire que les destins se soient définitivement prononcés. Bien qu’ils aient été battus partout, les Turcs ne sont pas encore vaincus ; les coups décisifs n’ont pas été portés ; la fortune qui a oscillé hier dans un sens peut demain osciller dans l’autre ; mais, cette réserve faite, il faut reconnaître que rarement, dans l’histoire, des transformations aussi profondes se sont produites en aussi peu de temps. Sans doute les Turcs peuvent se ressaisir, regagner au moins en partie le terrain perdu, reprendre l’offensive, gagner enfin la bataille qui se prépare et modifier par là les chances ultérieures de la campagne ; mais est-il probable qu’ils le fassent ? Il est permis d’en douter.

A parler franchement, on attendait de leur part une défense plus énergique et plus efficace. Leur histoire témoignait pour eux. Race guerrière, ils avaient fait preuve sur maints champs de bataille de qualités militaires qui, sans être de tout premier ordre, s’étaient manifestées avec éclat et avaient compensé des défauts d’organisation dont ils semblaient souffrir moins que d’autres ne l’auraient fait à leur place. Mais tout cela est le passé, le présent est tout autre. D’où vient cette différence ? Les Turcs ont-ils perdu leurs anciennes qualités ? N’ont-ils plus la même ténacité, la même énergie, la même endurance, le même mépris de la mort ? Non, sans doute ; mais, s’ils sont restés les mêmes, c’est-à-dire de bons soldats, ils ont en face d’eux des adversaires qui en sont aussi et qui ont en plus cette organisation parfaite, cette préparation méthodique à la guerre, cette prévoyance portée dans les moindres détails qui leur font, à eux, si malencontreusement défaut. Le phénomène est sans précédens. Les Russes eux-