Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/230

Cette page n’a pas encore été corrigée


diversement, et aussi de telle sorte qu’après avoir vu les vingt images, « notre mémoire en garde une seule, qui est toutes les autres, qui est toute cette petite ville, avec son aspect durable, avec ses volontés secrètes et chaleureuses, avec ses habitudes consacrées, avec son rêve qui résume son histoire.

L’auteur a « de l’amitié pour ceux qui racontent avec sincérité les choses qu’ils ont vues. » Bref, il s’agit d’un travail d’après nature ; mais, par « nature, » il faut ici entendre, non seulement le dehors des choses, leur nature intime, la vérité constante que révèlent les fugitives apparences.

Or, on n’a vu qu’un certain nombre (fût-ce un grand nombre) des aspects que présente la réalité. Un tel impressionniste procédera un peu comme La Tour en ses « préparations : » il notera, dans une série d’études, plusieurs physionomies ; mais il aura choisi les plus significatives. Sa manière est l’analyse, bien qu’à vrai dire chacune de ses notations soit déjà une synthèse.

Il n’est pas un portraitiste selon le grand Holbein, qui assemble toute une âme et toute une destinée dans l’unité composée d’un portrait. Il réunit ses « préparations, » mais il ne fait pas le tableau.

Des rues d’Epinal, des faubourgs, des gens, des causeries… Tout cela, indiqué en termes vifs, parfaitement nets.

Quand M. René Perrout peint l’un de ses quadri, les autres ne l’occupent guère. On dirait qu’il ne sait pas lequel il mettra ensuite. Celui-ci est plus grand et plus poussé ; mais celui-là ne sera qu’une esquisse. Il s’attarde à la fine besogne de peindre un ménage d’ouvriers, les chandeliers, les bols de faïence, l’édredon rouge couvert d’un ouvrage au crochet et la pendule, fonte d’art, qui représente « Bonaparte au Saint-Bernard, le cheval cabré, le manteau envolé. » Puis il copie un autre modèle.

Son livre, lent et persuasif, compose en nous le sentiment de la vie provinciale. « Monsieur Pilgrin, vous n’avez pas compris la vie de province. Vous n’avez pas regardé, vous n’avez pas su voir les rues de votre petite ville… » Et puis : « C’est le silence de la province… » Le livre donne à tous ces mots une touchante signification.

Il y a de petites villes qui n’ont pas d’autre ambition que d’imiter Paris. Ces pecques provinciales ne sont que de mauvais singes. Certaines villes, plus éloignées de la tentation, ou plus naturellement fières, ne cèdent pas à ce désir. Elles sont résolument elles-mêmes. Elles sont la province et, dans la province, des villes avec leur précieuse particularité.