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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/209

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Revue dramatique


COMEDIE-FRANCAISE : Bagatelle, comédie en trois actes de M. Paul Hervieu. — GYMNASE. Reprise du Détour, comédie en trois actes de M. H. Bernstein. — Spectacles de rentrée.


Voilà trois ans que nous n’avions eu aucune œuvre nouvelle de M. Paul Hervieu. Nous le regrettions. Sa manière vigoureuse et sobre tranche tout à la fois sur la frivolité des productions ordinaires du théâtre actuel et sur la brutalité de quelques autres. Bagatelle était, parait-il, prête à passer depuis un an déjà ; ce n’est pas une vaine formule de dire qu’elle était très attendue : elle a tenu tout ce que nous en attendions. Une fois de plus, nous avons admiré cet art si sûr, si maître de soi, où on devine des dessous d’observation si solidement établis, et qui donne si bien à réfléchir. J’ai noté naguère dans le théâtre de M. Hervieu une variété dont on n’a pas coutume de tenir assez de compte : le fait est que cette dernière pièce est fort différente de toutes celles que l’auteur nous avait données jusqu’ici. Tout au plus rappellerait-elle l’Énigme, mais dans une forme moins tendue, moins angoissante et moins sombre. M. Hervieu avait commencé par mettre à la scène, dans des pièces qui n’étaient que de la logique dialoguée, quelques-uns des problèmes qui se posent à la société moderne, étudiée dans sa cellule initiale, la famille, et qu’il résolvait en faveur de l’individu. Puis, dans son admirable Course du flambeau, il se plaçait, en dehors de toute théorie, devant une des lois implacables de l’humaine condition. Dans les œuvres qui suivirent, il se plut à dégager la somme de drame qu’enferment des destinées en apparence paisibles et unies, réalisant ainsi un type nouveau, celui de la tragédie en prose. C’est une comédie qu’il nous donne cette fois, et si, en plus d’un endroit, elle côtoie le drame, l’auteur a voulu néanmoins qu’elle