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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/206

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M. Mauriac devra faire porter toute son attention et toute sa vigilance.

Il n’a pas l’oreille assez sensible. Il a une horreur pour la diérèse, qui est fâcheuse. Il ne s’imagine pas combien pieux compté pour une syllabe est horrible et combien silencieux compté pour trois syllabes est au moins désobligeant, et combien médiocrité compté quatre syllabes est bizarre. Autre affaires Dans la même pièce il entremêle les vers de dix syllabes coupés 4-6 et coupés 5-5 et coupés 3-7. Il faut absolument choisir ; sinon, on aboutit à quelque chose comme une prose où par hasard sont tombés des vers, et cela est parfaitement boiteux ;

Jour blême et cru | par la fenêtre ouverte,
Bourdonnement | des mouches au plafond,
Dimanche triste | et campagne déserte
Et jeux d’enfans | dans le jardin profond

Rien ne remue | aux mornes horizons.
Chant d’un coq | dans une ferme isolée
Bruit du vent | sur les feuilles de l’allée,
Silence lourd | étreignant la maison.

Regrets toujours là | comme une habitude
Ma peine inconnue | et qu’on n’aime pas,
Ma médiocrité | dans la solitude…

Ce dernier a onze syllabes…

Et la pauvre laideur | de mon front las

Celui-ci est coupé 6-4…

La maison de campagne | obscure sent
Les coings alignés | au fond des crédences.
Dehors, c’est le silence assoupissant
Et dans l’éblouissement des vacances.

Ici il n’y a plus de rythme du tout, plus de trace. Oui, il faut que M. Mauriac se donne le sens rythmique.

Ce défaut est léger. J’en ai dit assez pour que tout le monde pense, je crois, que M. Mauriac est une grande espérance.


Ces lignes étaient écrites quand j’ai reçu le second livre de vers de M. Mauriac. Il est intitulé : L’Adieu à l’adolescence. Il n’est pas indigne du premier, il ne lui est pas supérieur. Les