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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/204

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Mais ce soir, évoquant la laideur de ma vie,
Et la femme chantante et toujours poursuivie,
Tant de nuits sans sommeil et leurs mauvais vouloirs,
Il ne me reste plus que la peine ; et l’envie
D’oublier tout ; et la langueur des troubles soirs,
Et la femme chantante et toujours poursuivie.

Amour d’enfance, et l’on verra combien celui-ci est plus fort, plus pénétrant et plus tenace. Celui-ci, il a poussé ses racines. Le cœur de M. Mauriac est un cœur qui vit dans le souvenir, comme les sirènes vivent dans la mer.

Je reviens, — pour me souvenir, — m’agenouiller
Devant le tableau vieux où souffre ton sourire,
Où tes yeux d’enfant triste ont des lointains rouillés.

Il n’est pas, ce portrait dont la langueur m’attire,
Il n’est pas sur les murs de la chambre où je dors ;
Mais dans mon cœur où ton image pleure encor.

Petite âme de songe et pour toujours enfuie,
Tendresse qui m’enchante et met du rêve en moi,
Malgré la route morne et sous le ciel de suie ;

Toi qui n’existes plus ou qui n’es plus la même,
Près de qui je fus silencieux dans l’émoi
Des rêves partagés, l’hiver, à l’heure blême.

Ce qu’a toujours aimé depuis que tu n’es plus
Ma peine, c’est les yeux en larmes reconnus
D’une figure triste et qu’apeure la vie ;

Mais dans la rue, où vont d’obscures destinées,
Quand le ciel est si bas qu’il touche aux cheminées,
Elle n’a pas croisé d’ami qui la connaisse.

Lasse de rêver seule en le jardin perdu
Où la détresse gît de ma vingtième année
Cependant que s’étiole à jamais ma jeunesse,

Elle n’espère plus ton retour attendu,
Et songe que ta vie a traversé sa vie,
Petite âme de rêve et pour toujours enfuie.

Il y a une pièce qui n’est pas loin pour moi d’être un chef-d’œuvre, sauf quelques obscurités et quelques tours un peu