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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/20

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III

Tout paraissait donc résolu, et l’on eût cru qu’il ne restait qu’à entrer en campagne. Pourtant, dans chaque gouvernement, si grand était le désir de la paix, et telle surtout l’incertitude sur les chances de la lutte, que, de la part des deux puissances, de secrètes négociations se poursuivirent pendant plusieurs semaines. « Il est constant, lit-on dans une gazette à la date du 12 juin 1778, que M. de Maurepas et tous ceux de son parti voudraient encore maintenir la paix, à quelque prix que ce soit, tandis que M. de Sartine et d’autres ont désiré que la France profitât d’une occasion, peut-être unique, pour achever d’abattre son ennemi le plus dangereux [1]. » Le Roi penchait vers le premier parti, Vergennes vers le second. Plus d’une fois, durant cette période, on se « chamailla fortement » au conseil des ministres. De même en Angleterre, où l’effort principal de la diplomatie se portait sur Madrid, dans l’espoir d’empêcher que la flotte espagnole ne renforçât la flotte française. Mais, des deux parts aussi, tandis que les politiques discutaient, les arméniens se poursuivaient, les vaisseaux s’équipaient avec une activité pleine de lièvre.

L’affaire de la Belle-Poule, survenue le 17 juin, fut l’étincelle qui embrasa l’amas des matières combustibles. Le matin de ce jour, la frégate du Roi, la Belle-Poule, armée de vingt-six canons de douze, naviguant près du cap Lizard, aperçut au loin des vaisseaux qu’elle reconnut bientôt pour une escadre anglaise. Un des navires de cette escadre, la frégate l’Aréthuse, dont l’armement était quelque peu supérieur au nôtre [2], s’en détachait, rejoignait vers le soir le bâtiment français, hélait son commandant, le sieur Chédeau de la Clocheterie, le sommait en anglais d’aller trouver l’amiral britannique : « Le sieur de la Clocheterie [3]répondit qu’il n’entendait pas l’anglais ; on le héla alors en français, » en lui répétant le même ordre. « Le capitaine français assura qu’il n’en ferait rien. Alors la frégate anglaise lui envoya toute sa bordée, et le combat s’engagea, dans un

  1. Correspondance publiée par Lescure.
  2. Elle portait vingt-huit canons de douze.
  3. Supplément à la Gazette de France du 26 juin 1778.