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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/130

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de bouleverser le duché qu’il représente. Ce malheureux petit Etat d’Urbino semble une coquille de noix, ballottée par tous les orages, à la suite de la barque de Saint-Pierre. Quand le Pape est un Borgia, Urbino est confisqué par César Borgia ; quand le Pape est un della Rovere, Urbino est gouverné par Francesco Maria della Rovere ; quand le Pape est un Médicis, Urbino passe aux mains de Lorenzo de Médicis, le fameux Pensieroso de Michel-Ange, qui, de son vivant, ne pensa jamais à rien. Naturellement, en aucun cas, on ne demande aux gens leur avis, et ceux que Castiglione prodigue au Saint-Siège ne sont pas écoutés. Alors, ne pouvant plus servir utilement son dernier maître, le fidèle Mantouan retourne à son ancien seigneur, le marquis Gonzague, vieilli et revenu à de meilleurs sentimens. D’ailleurs, il n’a jamais cessé d’être aux ordres de la marquise de Mantoue, Isabelle d’Este, et quand le héros de Fornoue vient à mourir, il reste au service de son fils, Federico, et retourne à Kome pour le représenter auprès du Pape.

Ce n’était pas une sinécure. Les fonctions d’ambassadeur d’un petit Etat à Kome, en ce temps-là, ressemblaient beaucoup à celles d’un député de nos jours, à Paris, représentant une circonscription rurale : il s’agissait bien moins de traiter, de puissance à puissance, que de solliciter avec fruit, d’intriguer avec zèle, de dériver sur la terre d’élection le Ilot des grâces, — grâces spirituelles et temporelles, intérêts étrangement mêlés de la terre et du ciel. Castiglione n’y manque pas. Il parvient à faire donner à son maître la charge de capitaine général de l’Eglise ; il travaille pour que l’oncle de Federico, le cardinal Sigismondo Gonzague, soit pape, à la mort de Léon X, et pour que son ancien maître Francesco Maria della Rovere, enfin revenu dans ses Etats d’Urbino, soit placé, aussi, à la tête des troupes de Florence. Ainsi, dans la grande tempête du XVIe siècle et au milieu de ces courans alternatifs qui poussent dans tous les sens la politique italienne, il a toujours la même boussole : l’intérêt des Gonzague et de leurs parens ou alliés les plus proches : les ducs d’Urbino.

Cette constance le désigne. Tout le monde voudrait l’avoir ou le retenir à son service. Le pape Clément VII finit par l’emporter ; il se le fait céder par le marquis de Mantoue et l’envoie, comme nonce en Espagne, auprès de Charles-Quint. Il n’est pas sûr que l’Empereur, lui-même, ne cherche pas à