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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/118

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calèches, des diligences anglaises et des berlines de voyage « à leurs premières roues, » c’est-à-dire voisines du neuf, pour un millier de francs, prix auquel le duc de La Trémoïlle vendait un vieux carrosse à son intendant.

Ce qu’on ne voyait plus à la fin du XVIIIe siècle, dans les rues de Paris, c’étaient les « coureurs, » les deux laquais lestement vêtus, habiles à trotter en précédant les chevaux au bord du ruisseau, sans salir leurs souliers plats et leurs bas blancs. Mme de Pompadour avait sans doute dépensé plus que Mme de Montespan, mais elle ne se déplaçait pas comme cette dernière dans une calèche à 8 chevaux, suivie d’un carrosse occupé par six filles, de deux fourgons, 14 mulets et 10 à 12 cavaliers sans compter les officiers de sa maison.

Eux-mêmes ces seigneurs et dames du XVIIe siècle, quelque « magnifiques » qu’ils se crussent, ignoraient les débauches de luxe du » moyen Age en fait de harnachement, si oubliées, en notre âge de taxi-autos sans façon, qu’elles semblent invraisemblables, bien qu’elles se soient maintenues parmi les civilisations primitives de l’Orient. Les « petits-maitres » de 1780 qui se contentaient, pour leurs chevaux de chaise, de couvertures brodées et voyantes ; les marquis et les financiers de la Régence qui payaient 1 000 francs un harnais de carrosse, plus 175 francs pour la dorure, 150 francs pour le caparaçon et les cocardes et 90 francs pour les deux aigrettes, avaient oublié, eux qui n’habillaient plus leurs chevaux qu’en grand deuil de tristes draperies noires croisées de blanc, les pompes éclatantes du costume hippique de jadis : les housses de drap d’or ou de fine tapisserie, semées de rubis et de perles, fourrées de martre zibeline. Les panaches de 500 francs de plumes n’étaient, en 1450, qu’un modeste accessoire. Un cheval pouvait au XVe siècle porter une fortune : celui du comte de Foix, à son entrée dans Bayonne lors de la reprise de la Guyenne sur les Anglais, avait un chanfrein revêtu d’or et de pierreries d’une valeur de 550 000 francs, — 15 000 écus, — sa couverture offerte à l’église cathédrale pour y être transformée en chapes était prisée 14 500 francs.

Les chevaliers opulens usaient pour la chasse et le voyage de « chétives selles » de 100 francs ; mais les contemporains de Louis XV n’en avaient jamais de plus coûteuses, tandis que les contemporains de saint Louis ou de Charles VII possédaient des selles de 2 000 et 3000 francs, décorées de peintures et chargées