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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/117

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haut cabriolet diffère-1-il d’un coup de poignard ? Le poignard est plus doux que les roues dentelées d’une voiture qui vous laisse quelquefois un reste de vie pour souffrir des siècles ! »

Dès 1789, les protestations affluèrent à l’Assemblée Nationale contre ces voilures « que la noblesse fabrique pour insulter à l’indigence et à l’honnête médiocrité. » La Convention « purifia les Petites-Ecuries du ci-devant tyran » en dépeçant ses carrosses et aussi ses traîneaux, « qui, dit le rapporteur de 1793, représentaient des lions, des tigres, des léopards, des aigles, effigie du caractère de ceux qui se livraient à ces délassemens d’une cour corrompue. » Mais la Révolution ne put abolir les cabriolets ; Mercier le constate en 1799 : « Depuis que le peuple est souverain, il est bien inconcevable qu’il se laisse écraser comme sous l’ancien régime. » Les motions faites au Conseil des Cinq-Cents, où se posait la question de savoir si, dans un Etat où règne l’égalité, il doit être permis d’avoir des voitures autres que celles nécessaires au service public ; » les plaintes « contre le danger journalier de ces chars brillans où se pavanent nos parvenus » (1798) furent impuissans contre le goût de la vitesse ; tandis que le goût de la représentation alla décroissant, comme il faisait déjà sous la monarchie.

Le siège du cocher était encore, sous le Consulat, ce large canapé à franges que, seules, ont conservé les berlines des pompes funèbres, mais l’automédon avait cessé de porter perruque. Les voitures nouvelles continuaient à être capitonnées au dedans de soie et de velours, mais elles n’apparaissaient plus au dehors avec le train et les roues dorés, avec les panneaux « vernis par M. Martin » et ses émules ou artistiquement décorés de « figures peintes d’après M. Boucher, » comme les berlingots de Louis XV beaucoup plus coûteux que les grands carrosses du XVIIe siècle.

Ceux-ci n’avaient guère dépassé 7 000 francs chez les personnages fastueux et leur prix ordinaire était de 3 à 4 000 ; à peine la Reine en eut-elle un de 12 000 francs avec rideaux de gros de Naples rebordés à deux envers, ses autres carrosses valaient de 8 000 à 2 400 francs. Cent ans plus tard, un carrosse de mariage tel que celui du duc d’Havre (1764), revient à 22000 francs, un vis-à-vis de gala coûte presque autant, et une chaise de poste élégante 9500. Il est vrai que les voitures d’occasion pullulent ; les journaux, les Petites-Affiches annoncent chaque jour des