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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/105

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chacun, furent offerts à saint Louis, l’un pour lui, l’autre pour la Reine, par l’abbé de Cluny, qui obtint ainsi d’être « ouï moult diligemment et moult longuement » par le prince, que ce cadeau avait favorablement impressionné. Sans prétendre chicaner le bon sénéchal de Champagne sur son évaluation, elle semble assez exagérée pour le XIIIe siècle où les chevaux exceptionnels étaient loin d’atteindre un pareil chiffre : 6 000 francs pour un palefroi est le prix de vente le plus haut que j’aie noté ; les chevaux de bataille du roi Philippe le Bel, du duc de Normandie Guillaume le Roux, du comte de Bourgogne, du sénéchal de Provence et de seigneurs notables en Angleterre ou en Piémont, vont de 5 600 à 2 000 francs. Les bons chevaux valaient d’ailleurs plus cher que les hommes : celui que monte l’évêque de Soissons (1155) lui avait coulé cinq serfs de ses terres.

Au XIVe siècle, les prix de 3 000 à 4 000 francs sont très ordinaires, aussi bien en France qu’à l’étranger ; les chevaux de Messeigneurs de Saint-Pol ou de La Marche, de M. le Connétable ou de M. de Chatillon valent de 6 000 à 12 000 francs chacun (1317) et il s’en rencontre parfois de 15 000 et 20 000 francs. Nous ne sommes donc pas surpris d’entendre Du Guesclin, prisonnier, dire au prince de Galles que « sa terre était engagée pour quantité de chevaux qu’il avait achetés. »

Mais ces chiffres du XIVe siècle ne prouvent pas du tout que les beaux chevaux renchérissaient alors parce qu’ils étaient devenus plus rares. Le luxe avait augmenté avec les progrès de la richesse, les cavaliers étaient plus raffinés ; car, sauf quelques types dont l’origine nous est inconnue, — tel un cheval de 17 000 francs appartenant au duc de Bretagne, — l’on a tout lieu de croire que les palefrois ou haquenées de haut prix, désignés comme « maures, » espagnols et provenant du Roussillon ou Languedoc, étaient des arabes plus ou moins purs.

La France du Nord et les pays voisins avaient-ils obtenu, du croisement de ces animaux importés avec nos produits indigènes, quelque demi-sang analogue à ces chevaux barbes venus dans la région sous-pyrénéenne avec les Sarrasins ou les Croisés ? La chose est possible : le roncin de 600 francs, qualifié de « maure » en Artois (1330), devait être un parent fort éloigné du « grand cheval maure » qui, dans la même province, se vendait alors 18 000 francs.

La mode a-l-elle changé durant les guerres anglaises ?