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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/104

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300 francs chacune. Les chevaux qui se sont vendus jadis au-dessous de 300 francs ne couleraient pas davantage aujourd’hui ; c’étaient des bêtes réformées pour leur âge, leurs infirmités, ou incapables de fournir un service utile. On paya il des prix peu différens des nôtres les chevaux de charrette ou de labour et surtout les bons « sommiers. »

La langue s’est appauvrie des noms multiples qui servaient au moyen âge à classer les chevaux d’après leur emploi : dès le XVIe siècle, l’on n’entend plus parler de destriers, de coursiers ni de palefrois ; en revanche apparaissent alors des expressions nouvelles : celle de « cheval entier » appliquée, au dire de Montaigne, à l’animal ayant crin et crinière, pour le distinguer du courtaud à la queue coupée. Les termes de haquenée, de roncin, de sommier, disparaissent depuis Henri IV, remplacés par ceux de genrts et de bidets.

Tous ces mots ont sombré dans l’oubli, au point que l’on n’a sur leur sens exact que des données assez confuses ; les prix auxquels étaient vendus les animaux ainsi qualifiés ne suffisent pas à établir les caractères distinctifs de chaque espèce. Nous savons que le destrier était le cheval « haut et puissant » de joute et de bataille, habillé de fer comme son maître ; peu agréable d’enfourchure sans doute, puisque l’on ne « montait sur ses grands chevaux, » — l’expression en est restée, — qu’en cas de nécessité belliqueuse, chacun préférant les faire tenir en main par des valets et chevaucher « à l’aise de son corps » sur un palefroi. L’homme d’armes se louait deux fois plus cher « avec destrier » qu’ « avec coursier : » mais il se voit des coursiers plus chers que des destriers, et aussi des « demi-coursiers, » — Jeanne d’Arc en montait un qu’elle tenait du Roi le jour où elle fut prise à Compiègne, — bien qu’elle déclare à ses juges avoir reçu de la cassette royale 5 coursiers et 7 trottiers.

Les haquenées, quoique chevaux d’agrément et de luxe, étaient parfois affectées au transport de vulgaires bagages et, bien que le palefroi soit théoriquement supérieur au roncin dans la hiérarchie hippique, il se rencontrait des roncins de litière à 5 800 francs et des palefrois à 270 francs. Bayard avait un « bas-roussin, bien remuant » de 2 500 francs, alors que son « courserot, fort adroit, » qui faisait merveille dans les tournois, n’en valait que 2 000.

Deux palefrois, que le sire de Joinville apprécie à 12 000 francs