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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/103

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à la chasse, lu écuyer qui Taisait autorité écrivait encore en 1770 : « Les chevaux anglais ne sont pas généralement bons, il en vient beaucoup de mauvais de ce royaume : ils ne sont pas de la race du pays, mais d’une espèce de barbes bien maintenue. »

La France conservait le monopole de l’équitation traditionnelle ; les étrangers, les Anglais eux-mêmes, — Pitt à Caen, Fox à Angers, — venaient chez nous « faire leur Académie » et s’y rencontraient avec nos futurs hommes d’État, Turgot, Malesherbes, Necker ou Mirabeau ; mais personne en Europe ne venait chercher de chevaux en France, tandis que la France en demandait journellement à l’Angleterre. Les guerres de la Révolution, en fermant les frontières, suspendirent le triomphe du pur-sang.

Les chevaux connus de Napoléon 1er depuis l’alezan L’Embelle, qui fit avec lui les campagnes d’Italie, jusqu’à L’Acacia gris-moucheté qu’il montait à Waterloo, étaient des limousins ou des navarrais. Un certain cachet arabe masquait, sous le Premier Empire, l’infériorité de ces races légendaires que nos remontes actuelles rejetteraient sans pitié depuis qu’une amélioration patiente a transformé l’ancien élevage.


IV

Par l’effet de cette transformation, le cheval commun a changé de structure et de qualité beaucoup plus qu’il n’a haussé de prix, et les meilleurs chevaux sont moins chers sans être moins bons. Il existait autrefois, au dernier rang de l’espèce, des quadrupèdes dont nous n’avons plus l’équivalent, même parmi le rebut qui se vend chaque semaine sur le marché de Paris de 75 à 150 francs par tête, c’est-à-dire au-dessous des 100 à 220 francs que paie la boucherie hippophagique. Pourtant de nos jours, où les objets de luxe sont à plus haut prix qu’à aucune époque de l’histoire, parce qu’il existe un plus grand nombre de richissimes capables de se les disputer, les spécimens de choix, pour la selle ou l’attelage, n’atteignent que des chiffres très inférieurs à ceux du passé parce qu’ils ne sont plus aussi rares.

Ce sire de Gouberville, dont je parlais plus haut, vendait ses jumens sauvages de 40 à 60 francs et achetait pour lui-même (1555) un courtaud de 2 500 francs. Le sieur de Saint-Chamans, qui cédait au duc de Chevreuse (1611) cinq chevaux pour 27 000 francs, possédait aussi de vieilles bêtes prisées de 150 à