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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/101

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Une tête de barbe avec l’étoile nette,
L’encolure d’un cygne, effilée et bien droite,
Point d’épaules, non plus qu’un lièvre court-jointe…
Une croupe en largeur a nulle autre pareille…

Une autre race, moins pompeuse, ne figurait aux cérémonies qu’attelée mais servait davantage à la guerre : celle des danois, tigrés ou pie, soupe de lait et isabelle, — on aimait alors les robes singulières. — Ces chevaux pleins de feu, peints par Wouvermans, Callot et Van der Meulen, qui portèrent bien des héros du grand siècle, étaient des danois à petite tête et à large croupe. Ils se maintinrent en faveur, comme étalons et carrossiers, jusqu’à la fin de Louis XV, lorsque, déjà, la mode des piaffeurs étant fanée (1760), les spécialistes disaient avec mépris « qu’il fallait avoir de l’argent de reste pour s’embarrasser d’un animal qui n’a que du faux brillant. »

La vogue du « pur sang, » du thorough-bred, que l’on appelait sous Louis XIV le « turc d’Angleterre, » allait naître. Les Anglais furent les premiers en Europe qui changèrent de goût, abandonnèrent l’équitation de manège pour l’allure rapide, créèrent une nouvelle manière de trotter et allégèrent le harnachement. Les chevaux étaient chez eux aussi rares et plus chers peut-être que chez nous au moyen âge : dans l’expédition de Jean de Vienne en Ecosse, au XIVe siècle, les chevaliers durent payer 3000 francs des bêtes qu’ils pensaient n’en valoir que 500. Encore avaient-ils beaucoup de peine à s’en procurer. Sous le règne de Henri VIII, commença au-delà du détroit un croisement raisonné des étalons d’Orient (Persans, Turcomans ou Arabes) avec des jumens bretonnes. Dès 1560, ils importaient de beaux hongres sur les côtes de Normandie et des Pays-Bas ; pendant deux siècles en effet l’Angleterre ne laissa sortir que des chevaux coupés.

Un voyageur anglais (1608), tout en vantant les bidets très fins de Henri IV, ajoute qu’ « ils ne peuvent se comparer pour les formes ni pour la vitesse aux chevaux de chasse de notre roi. » Jacques Ier payait à cette époque 37 000 francs un de « ces chevaux nobles, aussi rares que les vrais amis, dont la mère n’épousa jamais qu’un cheval noble, » comme dit une poésie arabe. Le fait est qu’un certain Quinterot, ayant alors introduit en France des chevaux du Royaume-Uni, Bassompierre nous révèle l’étonnement que le train de ces animaux fit éprouver à la Cour où le nom de Quinterot devint synonyme de « vitesse. »