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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/10

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intérieure du royaume que sur les destinées futures de la dynastie bourbonienne.


I

L’insurrection du Nouveau-Monde contre la domination britannique, quand la nouvelle en vint en France, y secoua l’opinion avec une subite violence. Les humilians souvenirs de la guerre de Sept Ans avaient laissé, un peu partout, un ardent désir de revanche. L’idée d’exercer cette revanche sur la nation que l’on appelait alors « l’ennemie héréditaire » et de venger la perte de tant de belles et de riches colonies, en arrachant une ancienne et fructueuse conquête de ces mêmes mains qui nous avaient ravi les Indes, le Canada, la plus grande partie des Antilles, brusquement cette idée surgit dans l’âme française et s’y implanta fortement. Il s’y mêlait, en outre, une sympathie confuse pour les séduisantes théories de liberté, d’égalité humaine, au nom desquelles les treize Etats réclamaient leur indépendance, pour les principes philosophiques que proclamait, à la face de la terre, leur fameux manifeste : « Nous regardons comme des vérités évidentes que tous les hommes ont été créés égaux et qu’ils ont reçu de leur Créateur certains droits indéniables… C’est pour assurer ces droits que les gouvernemens ont été établis, tirant leur juste pouvoir du consentement des gouvernés… »

Rancune patriotique, instinct guerrier, élan vers des doctrines qui paraissaient alors aussi audacieuses que nouvelles, tout conspirait à provoquer dans les diverses classes de la nation française une excitation, sourde encore, qui devait croître d’heure en heure. « Je vous ai toujours assuré, écrira dès le premier jour un des nouvellistes du temps, du désir du Roi de conserver la paix ; mais la nation, qui ne pense pas aussi sagement que son chef, ne rêve et ne parle que guerre. »

Les gouvernans, Louis XVI en tête, se montraient, en effet, — ou du moins la plupart d’entre eux, — moins ardens que les gouvernés. Durant les derniers mois du ministère Turgot, on s’était déjà occupé, dans le Conseil d’Etat, des affaires d’Amérique. Certains ministres, assure-t-on, avaient paru dès lors enclins à prendre le parti de la colonie révoltée, dans l’espoir d’affaiblir la puissance britannique. Turgot s’y était opposé de