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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/962

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a même offert l’alliance de l’Allemagne, pour rétablir la balance. On découvrait déjà à l’horizon des combinaisons multiples, et d’ailleurs contradictoires, dans lesquelles les puissances faisaient des chasses-croisés tout à fait inopinés, pour faire face à une situation sans précédens. Le Japon devait conclure une alliance avec la Turquie ; la Turquie devait opérer un rapprochement avec la Triple-Alliance ; enfin on n’avait pas vu, depuis longtemps, un pareil désordre d’esprit produire des conceptions aussi chimériques et parfois même, qu’on nous pardonne le mot, aussi baroques.

Est-il besoin de dire que les journaux anglais, tout en reconnaissant l’importance de l’arrangement russo-japonais au point de vue de l’équilibre mondial, l’ont accueilli avec satisfaction, comme nous l’avons fait aussi ? L’Angleterre, alliée du Japon et devenue amie de la Russie, ne pouvait constater qu’avec plaisir un rapprochement, même intime, entre ces deux puissances. Elle ne redoute nullement que le Japon ne renouvelle pas son alliance avec elle, ni surtout qu’il tourne ses forces contre elle. Quant à la France, amie du Japon et alliée de la Russie, elle ne pouvait qu’éprouver des sentimens analogues à ceux de l’Angleterre, et même avec plus de force, car elle a un intérêt plus grand que personne à ce que la politique russe, après s’être égarée pendant quelques années dans une aventure extrême-orientale, retrouve en Europe la pleine liberté de ses mouvemens. Il est donc naturel que l’arrangement du 4 juillet ait été mieux vu chez nous que chez quelques autres. Les États-Unis ont pu en éprouver certains soucis, la Chine également. Tout ce qui se passe dans l’Asie orientale intéresse aujourd’hui l’Amérique, et la Chine est en droit de se demander si un accord, fait en dehors d’elle et portant sur un territoire qui lui appartient, n’y limitera pas l’exercice de sa souveraineté. Évidemment, de nouvelles questions se posent dont la solution appartient au seul avenir. Comment prévoir ce qu’il sera dans des pays qui, après plusieurs siècles d’arrêt intellectuel et de somnolence, se réveillent tout d’un coup à la civilisation moderne et en éprouvent une sorte d’ivresse ? La Chine se fortifiera ; mais dans quelles conditions et dans combien de temps, nul ne le saurait dire. Tout ce que peuvent désirer et demander les puissances de l’Europe occidentale est que la liberté commerciale soit assurée dans ces pays qui sont en train de se métamorphoser.

C’est ce que revendique l’Allemagne, en quoi elle a raison. Il faut peut-être oublier les divagations auxquelles ses journaux se sont livrés au premier moment, pour ne retenir que la conclusion à laquelle est