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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/930

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Revue littéraire – Le centenaire de Maurice de Guérin


Je crois qu’on est allé un peu loin. Ce n’est la faute de personne, c’est la faute de l’époque ; elle est bruyante : une parole discrète se perdrait dans le bourdonnement de gong que fait l’universelle réclame. Pour se faire entendre, il faut forcer la voix, hausser le ton. C’est une nécessité. Or une mode s’est établie, qui, dans son principe, est excellente : c’est de célébrer le centenaire des écrivains notoires. On célèbre aussi leur cinquantenaire, et, pour ne pas trop les faire attendre, on commence à leur vingt-cinquième anniversaire, qui a été précédé par les inaugurations de statues, bustes, plaques, monumens et autres cérémonies diverses toujours accompagnées de manifestations oratoires. C’est là qu’on voit combien nous avons de fameux écrivains. Car il ne se passe guère de semaine, il ne se passe certes pas de mois qui ne ramène sa commémoration. Il convient que le centenaire du jour ne pâlisse pas auprès de celui de la veille, qui a toujours été célébré avec éclat et retentissement. On fait le nécessaire. Ainsi le veut l’atmosphère d’une société qui n’est pas amie des nuances. Le plus souvent, cela n’a rien qui nous choque : nous avons pris notre parti de l’hyperbole. Et nous en avons même pris l’habitude. Il faut être de son temps. Quelquefois pourtant, lorsqu’il s’agit d’une gloire modeste, d’une figure restée jusque-là dans un effacement volontaire, nous souffrons un peu de la voir tirée dans un jour si violent, livrée en proie à la publicité. C’est le cas pour Maurice de Guérin.

C’est d’ici même qu’est partie la réputation de Guérin. La Revue publiait sous le titre de Poètes contemporains de la France une série de portraits pour la plupart dus à la plume de Sainte-Beuve. George