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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/921

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employèrent tous leurs efforts à boucher avec des vêtemens ces ouvertures par où l’eau ruisselait dans le compartiment indemne, Il n’est pas prudent, d’autre part, de trop subdiviser un espace où la surveillance et la voix du commandant doivent porter aisément partout. En fait, il n’existe pas plus de quatre cloisons véritables. Encore leur résistance aux infiltrations n’est-elle entière qu’aux pressions moyennes, c’est-à-dire aux profondeurs modérées. Un cinquième du bateau envahi, c’est encore ici moins de 100 tonnes de surcharge, c’est 90 tonnes ; mais l’écart n’est plus très grand. Les cinq compartimens séparés par les quatre cloisons ne pourront être tous égaux et le mauvais sort a pu situer la brèche dans le plus grand. Que dire enfin s’il en est deux d’intéressés ! Puis la fermeture des portes ne sera pas instantanée. Tous les hommes voudront passer avant qu’on ferme. Avec eux il entrera de l’eau, plusieurs tonnes peut-être. On voit comme la marge devient faible. Il importe de développer au maximum tous les moyens de l’accroître au profit des abordés : étanchéité du cloisonnement, puissance des chasses, capacité et fractionnement des ballasts, débit des pompes, action des gouvernails, rapidité des manœuvres.


Sur ce dernier point il convient de s’arrêter un instant. Voilà le sous-marin comme un léviathan blessé, qui s’incline et crache par ses évens. Une pointe en bas, par où s’engouffre la mort, l’autre tirant vers le haut de toutes ses forces de vie, il aborde le combat désespéré qui va tout décider. A l’extérieur, les spectateurs impuissans essaieraient en vain de lui porter secours. Comme ces canotiers du Pas-de-Calais frappant sur l’avant du Pluviôse d’inutiles coups d’aviron, ils n’aboutiraient, au prix d’une imprudence, qu’à faire entendre le dernier adieu que les amis apportent au lit de mort d’un ami condamné. Quoi de plus ? Pour accrocher, saisir, soutenir une masse pareille, il faut un matériel spécial et des heures ; et le drame va se dénouer en quelques minutes. Est-ce une agonie, est-ce une crise passagère ? Nul ne peut le dire ou peser sur le dénouement, sinon ces quelques hommes enfermés, murés dans une coque d’acier. Dans ce champ clos, avec toute leur violence rapide, se déchaînent les puissances de destruction et les puissances de salut. La vie est l’enjeu d’une seconde peut-être.