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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/894

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par la majesté encore imposante des acteurs surnaturels des tragédies évangéliques et bibliques tels que les vieux maîtres de Byzance, Rome, Sienne, Florence les fixèrent pieusement sous les voûtes. Là, vraiment, nous nous sentons bien sur la Collis Paradisi, d’où les croyans peuvent apercevoir, déjà proche, presque ouvert, prêt à les accueillir, le séjour céleste.


IV

Telle qu’elle était, lorsqu’elle jaillit de terre, la Basilique apparut comme un modèle inspirateur pour les innombrables églises et chapelles dont la propagation rapide de l’ordre des Mineurs allait peupler les grandes et les petites villes d’Italie. Le style du Nord, le style français, jusqu’alors importé, çà et là, dans quelques retraites isolées, par des moines bourguignons, désormais sanctifié par la mémoire du Saint, devenait tout à coup le style obligatoire du nouvel idéal religieux. N’était-ce pas, d’ailleurs, celui que le Poverello avait, lui-même, choisi de son vivant, comme l’expression la plus naturelle de ses hautes et pures aspirations ? Rien de plus intéressant que les pages dans lesquelles M. Thode semble l’avoir nettement prouvé.

Sur ce point encore, le fils du négociant cosmopolite, du gros Bernard (Bernardone) et de la noble provençale, l’aimable Pica, avait justifié l’atavisme maternel et l’éducation paternelle. Ce nom de Francesco (le Français) jusqu’alors inconnu en Italie comme prénom, ne lui avait-il pas été donné par Bernardone au retour d’un de ses voyages d’affaires au-delà des monts, en souvenir du doux pays où il avait trouvé grosse fortune, bons amis, tendre épouse ? Enfant, n’avait-il pas été bercé par des cantilènes provençales, puis adolescent, exalté et charmé par les belles légendes chevaleresques que lui contait son père ou que récitaient, sur les places d’Assise, les trouvères pèlerins et les jongleurs nomades, en route vers la ville éternelle ? Langue d’oc ou langue d’oïl, il semble qu’il en fut nourri, car on l’entendra, toute sa vie, dans ses grandes crises de joie ou de douleur, s’exprimer en cette langue. Lorsqu’il s’exerce à la mendicité, la première fois, sur le parvis de Saint-Pierre à Rome, c’est en français qu’il s’adresse aux pèlerins cosmopolites. Vient-il de rompre, dans une scène violente, avec sa famille et avec le monde, pour se consacrer tout entier à Jésus et à l’humanité,