Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/891

Cette page n’a pas encore été corrigée


avec porte latérale sur la terrasse du cloître. Le transept absidal, en même temps agrandi, étendait de chaque côté ses deux longs bras sous des lueurs plus abondantes. L’église supérieure, la merveille originale de l’édifice, heureusement, ne fut point touchée ; avec l’harmonie fière et vive de sa franche et lumineuse poussée, elle conserva, sous ses verrières peintes, la pureté de ses formes. Le contraste reste toujours frappant, toujours émouvant. On peut même douter, à première vue, de l’unité d’un plan d’ensemble établi par un même artiste. Cependant, l’accord parfait entre les deux étages, la rapidité avec laquelle ils furent superposés, autorisent à le croire. N’est-ce point, chez nous, le cas, pour quelques-unes de nos plus belles églises de transition à la fin du XIIe siècle ? L’ogive et le cintre s’y superposent et s’y associent parfois dans la même nef. Ici, au contraire, les deux styles se développent séparément, individuellement, sans se confondre. Donc, probablement, un plan unique, et, probablement aussi, deux constructeurs, l’un, l’aîné, restant plus attaché aux pratiques anciennes, l’autre, le jeune, mieux informé des doctrines récentes.

Est-il bien nécessaire, à ce sujet, de prolonger une discussion sur la personnalité des artistes auxquels peut revenir l’honneur d’avoir inauguré le travail, de l’avoir continué ou de l’avoir achevé ? A ceux de l’incertain Jacopo Tedesco, de Frère Elie, de Fra Filippo de Campello, M. Venturi, dont la curiosité savante et l’ingéniosité critique ne reculent devant aucune hardiesse d’investigations, d’analyses et déductions, vient d’ajouter un nouveau nom, celui de Fra Giovanni délia Penna. D’après lui, ce moine serait venu des Abruzzes, où s’était répandu le style cistercien, ce qui expliquerait « le caractère français de la basilique supérieure. » Cette candidature inattendue a soulevé, dans la presse et dans l’érudition italiennes, une tempête qui dure encore et ne semble point vouloir s’apaiser. L’adversaire le plus opiniâtre de M. Venturi, le mieux armé, semble-t-il, est un franciscain, le Père Giusti. Tous les deux poursuivent, depuis un an, leur campagne acharnée avec la même ardeur de conviction. Nous n’avons nulle compétence pour nous mêler à cette lutte d’érudits. Ce qui nous semble, à nous profane, résulter de la bataille, d’après les documens projectiles échangés par les combattans, ce sont deux faits. D’une part, en 1238, près de Foligno, dans le couvent de Sassovivo, travaille, sous les ordres de Frère