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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/876

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de la vieille chapelle pour y recevoir les aumônes destinées à la construction du nouveau sanctuaire, ce jour-là, le bon disciple, par ce geste violent, se montrait fidèle aux instructions du maître. François, sur ce point, n’avait-il pas, de son vivant, mille et mille fois exprimé sa pensée par paroles et actes ? Des églises, des chapelles, des sanctuaires, oui, sans doute, il en fallait ! Il en fallait même beaucoup, beaucoup, afin que les pécheurs et les souffrans en pussent rencontrer souvent sur leur route, s’y repentir, s’y consoler, s’y fortifier, dans la prière et dans l’extase ! Sa première œuvre, après sa conversion, avait été d’y travailler de ses mains. On l’avait vu quêter des pierres à la ville, à la campagne, les porter sur ses épaules, monter sur les échafaudages, faire le maçon et le goujat pour remettre en état les églises abandonnées, Saint-Damien, Sainte-Marie de la Portiuncule, Saint-Pierre. Oui, toutes ces églises, il les voulait solides, il les voulait propres. A l’occasion même, comme il fit un matin, dans un pauvre oratoire des champs, il prenait le balai et donnait l’exemple aux sacristains négligens. Mais, en revanche, tout ornement de luxe lui semblait inutile et déplacé, et toute entreprise de construction magnifique ou grandiose, une ambition vaniteuse, la manifestation d’un instinct égoïste de richesse et de propriété absolument contraires aux principes évangéliques. Les chroniques et notes contemporaines, rédigées par ses disciples, témoins de sa vie, les deux légendes de Thomas de Celano, le Miroir de Perfection, la Légende des Trois Compagnons, par Frère Léon et ses amis, abondent, sur ce sujet, en anecdotes significatives.

Pour lui comme pour ses frères, l’Homme de Dieu ne voulait que des cabanes en bois, très pauvres, jamais en pierre. « Les renards ont leurs tanières, disait-il, et les oiseaux leurs nids. Mais le Fils de l’Homme n’eut point où reposer sa tête. » Défense aux moines, également, d’habiter sous un toit quelconque dont ils ne connaîtraient pas le propriétaire. Pèlerins de passage sur la terre, ils n’y devaient vivre qu’en étrangers toujours en marche vers l’éternelle patrie. Un jour, comme un frère demandait à l’autre : « D’où viens-tu ? » celui-ci lui répondit : « De la cellule de Frère François, » mais François l’ayant entendu, s’écria aussitôt : « Qui t’a permis de donner mon nom à cette cellule, comme si elle était mienne ? Cherche-lui d’autres habitans. Je n’y retournerai pas ! » Ainsi donc, pas plus de