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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/865

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Et donne une fraîcheur si vive A tous les objets d’alentour Que même les martyrs d’amour Y trouvent leur douleur captive. </poem>

Le Matin est à cet égard le chef-d’œuvre, selon moi, de Théophile. Il n’y a pas trop de détails ; il y en a d’amusans, de précis en même temps que gracieux, qui sentent l’homme qui a vu, qui vient de voir et qui voit encore et qui aime amoureusement ce qu’il note, assez brièvement, du bout de sa plume :

La charrue écorche la plaine ;
Le bouvier qui suit les sillons
Presse de voix et d’aiguillon
Le couple de bœufs qui l’entraîne.

Alix apprête son fuseau ;
Sa mère qui lui fait la tache
Presse le chanvre qu’elle attache
A sa quenouille de roseau.

Une confuse violence
Trouble le calme de la nuit,
Et la lumière avec le bruit
Dissipe l’ombre et le silence.

Le forgeron est au fourneau,
Oy comme le charbon s’allume :
Le fer rouge dessus l’enclume
Étincelle sous le marteau.

Cette chandelle semble morte ;
Le jour la fait évanouir ;
Le soleil vient nous éblouir,
Vois qu’il passe à travers la porte.

Il est jour. Levons-nous, Philis,
Allons à notre jardinage,
Voir s’il est, comme ton visage,
Semé de roses et de lis.

Quelquefois enfin, il arriva à Théophile d’être tout à fait romanesque, jusqu’au fantastique. Voici une « chanson du fou, » pour parler comme les modernes, qu’on n’avait pas assez remarquée, que j’ai citée souvent comme un exemple presque unique de ce genre, très dangereux du reste, et que je vois avec