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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/855

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bourgeoisie de leur village et enfin, après beaucoup de cajoleries, il ajoute, parlant de soi :

Prince, je dis sans me louer,
Que le ciel m’a voulu douer
D’un esprit que la France estime,
Et qui ne fait point mal sonner
Un louange légitime
Quand il trouve à qui la donner.

Et notez, lecteur, qu’il dit cela sans se louer ; car il ne le voudrait pas faire pour rien au monde ; tant il est éloigné « du vice de l’amour propre de soi-même » (sic).

Telles étaient les aménités du Père Garasse, accompagnées d’avertissemens aux « jeunes seigneurs » [Montmorenci] qui ont la faiblesse de protéger et « appointer » de tels gens qui leur feront « une très mauvaise réputation » et « les damneront s’ils n’y prennent garde. »

Théophile entra en fureur et, d’une part, alla s’emporter devant le Père Margastant, supérieur du collège des jésuites, et fit saisir le livre du Père Garasse par autorité de justice ; d’autre part, assigna l’éditeur du Parnasse satyrique et le fit condamner.

Mais le Père Garasse obtient mainlevée de la saisie, et son ouvrage paraît, ou reparaît, avec une préface où, cette fois, Théophile est nommé en toutes lettres, accusé d’être bien l’auteur de monstruosités contenues dans le Parnasse, incriminé d’avoir « une plume trompée par l’athéisme, l’impiété et le libertinage » et désigné à toutes les rigueurs de la justice.

Elles ne furent que trop vives et promptes. Le Parlement décréta prise de corps contre Théophile et Berthelot, les fit « crier à trois briefs jours, » et pendant que Théophile s’était enfui et réfugié à Chantilly, chez M. de Montmorenci, le condamna par contumace à être brûlé vif, ce qui fut exécuté par effigie.

Théophile bientôt ne se trouva pas en suffisante sûreté à Chantilly. Il s’enfuit, avec dessein, très probablement, de quitter la France. Par un zèle de subalternes, que le Roi eut vraisemblablement pour peu agréable, il fut arrêté au Castelet, près Saint-Quentin, et ramené à Paris, à la Conciergerie. Son procès recommença. Il dura deux ans. Il y eut défenses, il y eut « apologies » de Théophile par lui-même, il y eut intercessions généreuses, notamment de Buckingham et de Montmorenci, que Théophile remercia très bellement eu vers et en prose.