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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/709

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et chacun comprit que, par la bouche de Wagener, devant qui Bismarck avait l’habitude de penser tout haut, c’était Bismarck lui-même qui parlait. Le prince de Hohenlohe, plus passionné que le rapporteur, se rangea du côté des nationaux-libéraux badois, qui réclamaient qu’une loi prohibât aux Jésuites, non seulement la vie commune, mais les fonctions ecclésiastiques et l’enseignement ; il souhaitait, même, qu’ils perdissent l’indigénat, c’est-à-dire qu’ils cessassent d’être des Allemands. « Il faudra bien qu’on en vienne là, » lui dit ensuite Bismarck à l’oreille. On vota la clôture, sans laisser à Mallinckrodt le temps de soutenir sa proposition, qui tendait à enquêter sur les Jésuites, à les punir s’ils étaient coupables, sinon, à punir leurs diffamateurs. D’ailleurs la majorité n’arrivait malaisément qu’à formuler un vœu précis : rien de plus difficile que de fabriquer une loi d’exception sans vouloir l’avouer. Finalement, une proposition de Marquardsen, qu’avait rédigée Lasker, rallia 205 voix contre 84 ; elle traçait à Bismarck les grandes lignes de la loi que le Reichstag attendait de lui. Cette loi devait régler la situation des ordres religieux, leur admission dans le pays, leur activité, et les pénalités spécialement méritées par la Compagnie de Jésus, « dangereuse pour l’Empire. » Après le vote, on remarqua la chaude poignée de main donnée par Bismarck à Gneist ; et puis, le juriste Friedberg et Hohenlohe se rapprochèrent d’eux. On causa longuement. Le vœu définitivement émis par le Reichstag était plus hostile aux Jésuites que ne l’avaient été les conclusions du rapporteur ; c’était un premier succès pour Hohenlohe. Il vengeait sur eux l’échec de ses tentatives contre le Concile ; il s’imaginait que la peur des Jésuites avait empêché Napoléon et Beust de signer la fameuse circulaire, menaçante pour la liberté de l’assemblée œcuménique. Le soir, au bal, ses regards s’arrêtèrent, avec une fixité triomphante, sur le sourire aigre-doux des dames « ultramontaines. »

Trois semaines passaient, et le 11 juin, tandis que Pierre Reichensperger propageait une brochure qui défendait les Jésuites au nom de la Constitution prussienne, tous les membres du Conseil fédéral, sauf le plénipotentiaire d’Oldenburg, s’accordaient sur un texte qui autorisait la police de toute ville allemande à expulser de cette ville tout Jésuite, même Allemand.

Lasker et Marquardsen avaient demandé un projet de loi sur les associations, fortifié par des sanctions pénales ;