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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/707

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tout au fond de lui-même, n’escomptait pas qu’un jour, l’influence du Pape bien informé pouvait s’exercer sur les catholiques d’Allemagne, pour les pacifier ?

Ce ne serait pas, peut-être, le Pape d’aujourd’hui ; mais pourquoi pas le Pape de demain ? En cette même journée du 14 mai, où Bismarck avait démontré au Reichstag que l’Allemagne ne devait pas ignorer le Pape, il envoyait à tous les représentans diplomatiques de l’Empire une circulaire confidentielle qui ne fut publiée qu’en 1874. Il y prétendait que l’importance de la Papauté avait démesurément grandi ; que les évêques n’étaient désormais rien de plus que les préfets du Pape, fonctionnaires d’un souverain étranger. Donc, concluait-il, les gouvernemens avaient un immense intérêt à veiller au choix du futur Pape, et à la légalité de son élection, car, si tous les Etats refusaient de reconnaître un pape, que pèserait ce pape ? Et Bismarck priait ses agens de sonder les Cabinets, et de provoquer ainsi, au sujet du futur conclave, un échange d’idées entre l’Europe et l’Allemagne.

Jamais Bismarck n’emprunta plus d’argumens aux vieux-catholiques que dans cette dépêche, et jamais non plus il ne se détacha d’eux avec plus de netteté. Il disait, avec eux et comme eux, que les évêques étaient devenus des esclaves ; mais, au lieu d’en conclure qu’il fallait se séparer du Saint-Siège, il inclinait, bien plutôt, à conquérir le Saint-Siège ; au lieu de vouloir, comme eux, miner par la base la monarchie papale, il aspirait, lui, à installer, à la cime même de cette monarchie, l’influence même des Etats. Les armes d’aloi médiocre dont les vieux-catholiques pourvoyaient le chancelier lui servaient à concerter des batailles tout autres que celles où ils rêvaient de l’engager. Ainsi se dérobait à toutes les prévisions l’originalité, puissante et folle, de sa politique religieuse : le jour même où Bennigsen, chef de ses alliés nationaux-libéraux, réclamait qu’il tournât le dos au Pape, il se mettait, lui, sur la route du conclave.


IX

Pour l’instant, puisque la politique papale était accusée de menacer l’Empire, il paraissait urgent à Bismarck de supprimer les hommes qui lui semblaient servir d’intermédiaires entre le Pape et les « préfets » épiscopaux, et qui propageaient ainsi,