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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/616

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tous fut sans doute sa naissance distinguée et, bientôt, la situa lion politique éminente de son oncle, le chancelier de l’empire russe, qui la considérait comme une fille adoptive et ne l’abandonna pas aux heures difficiles de son existence. « Jetée comme je l’ai été dans l’aventure et dans la solitude, écrit-elle un jour, c’est à mes parens éloignés que je dois tout. Ils m’ont soutenue, aimée, considérée, sauvée du naufrage où je périssais ! » De cet oncle devenu pour elle un second père, elle disait encore volons tiers qu’il fut la seule personne de sa famille avec qui elle se trouva toujours en pleine communion d’idées et de sentimens. Le chancelier possédait, de son côté, dans la personne de sa nièce une véritable amie, à la fois supérieure par l’esprit et virile par le caractère. Elle fut donc et elle passa plus encore pour sa confidente, pour son inspiratrice en matière de diplomatie et de gouvernement intérieur. Premier et solide point d’appui que celui-là : alliance fort capable de consolider l’édifice si tôt ébranlé de sa situation sociale.

Une arme plus puissante encore entre ses mains fut sa beauté imposante et en quelque sorte souveraine : beauté de caractère un peu exceptionnel toutefois, car elle était très grande et très fortement bâtie, bien qu’admirablement proportionnée. Elle avait les cheveux d’un blond vénitien éclatant, le teint d’une blancheur éblouissante, les yeux d’un ton indéfinissable, ni bleu, ni gris, ni vert, a dit Mme Jaubert, mais semblables à deux violettes de Parme largement épanouies. Ces beaux yeux étaient souvent à demi voilés par ses paupières que sa vue, un peu basse, la portait à rapprocher légèrement l’une de l’autre dans l’effort d’attention pénétrante qui lui était habituel au cours de la conversation : plus encore qu’une passionnée, elle fut en effet à travers la vie une curieuse et une inquiète. Ainsi faite, — et plutôt comme une Walkyrie que comme une Parisienne, — elle récolta beaucoup d’hommages et quelques sarcasmes. Théophile Gautier l’a chantée, comme nous l’avons rappelé déjà, dans une pièce célèbre de ses Émaux et Camées, la « Symphonie en blanc majeur. »

<poem> De leur col blanc courbant les lignes, On voit dans les contes du Nord Sur le Vieux-Rhin, des femmes-cygnes Nager en chantant près du bord… De ces femmes, il en est une,