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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/611

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des rivières à cours changeant, les 22 000 kilomètres de voie établis depuis dix-huit ans, prouvent que les ingénieurs de chemins de fer russes sont sans rivaux dans le monde.

Les chemins de fer feront de la Russie un colossal empire dont toutes les parties, assujetties par des liens d’acier, lui donneront une force dont personne ne peut en ce moment soupçonner l’étendue. Quant à la marche des Chinois vers l’Europe comme cultivateurs ou artisans, nous avons vu que, grâce au peuplement de la Sibérie, elle n’est pas à redouter. La douceur et l’habileté du gouvernement du Tsar rendent la vie facile aux nations qu’il a rangées sous son drapeau. Les populations chinoises verront leur bien-être s’accroître. Elles sont naturellement soumises, obéissantes, et ne s’insurgent que si l’existence leur est rendue insupportable. Elles seront fidèles à l’Empereur.

En approchant de Khabarovsk, le voyageur qui descend l’Oussouri voit, sur le sommet d’une falaise dominant la région, une croix de bois garnie de fer, de dimensions colossales. Sur cette croix sont gravées les paroles que prononça le baron Korff, le premier gouverneur général de l’Amour, lorsque, au milieu du siècle dernier, Khabarovsk remplaça Irkoutsk, comme centre administratif : « Le pouvoir réside dans l’amour et non dans la force. » Ces nobles paroles résument l’action de la Russie en Extrême-Orient. Entre le monde asiatique et l’Europe, s’élève en ce moment une barrière faite de millions d’hommes de race blanche attachés au sol par la propriété. Ils savent vivre au contact des Asiatiques et s’en faire aimer. La persévérance et la ténacité sont des vertus essentiellement russes. L’œuvre entreprise sera poursuivie. Elle est digne du passé de la Russie et du noble caractère de son Empereur.

L’Empire Chinois n’est pas le géant qui s’éveille. C’est le fumeur d’opium secouant sa torpeur. Des convulsions l’attendent. Les intellectuels ont empoisonné son organisme. S’il guérit jamais, il restera sans force.

Le péril Jaune n’existe pas.


NEGRIER

Pékin, 1er mai 1910.