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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/603

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Les hommes n’ayant pas de quoi vivre s’insurgent. Une révolte comme celle des troupes de Canton, il y a quelques mois, dirigée par les révolutionnaires et les sociétés secrètes, aurait les conséquences les plus graves. La dynastie mandchoue des Ta-tsin, la très pure, sur le trône depuis 1644, serait de ce fait en danger. La Couronne rend des édits prescrivant d’étudier l’organisation d’un gouvernement représentatif. Ces études dureront longtemps. On peut prévoir qu’elles n’aboutiront jamais. Si elles aboutissaient, la dynastie, mandchoue serait déposée, puisque le pouvoir serait entièrement entre les mains des Chinois. Le gouvernement doit compter avec les tendances révolutionnaires des nombreux officiers et étudians retour d’Europe et du Japon. Il leur tarde d’arriver aux fonctions lucratives, actuellement occupées par les lettrés de la vieille école. Ceux-ci doivent disparaître au plus tôt, ils ne savent rien, ils encombrent. Ces jeunes arrivistes provoquent des troubles (Hankow, avril 1910), qui, pour être moins sérieux que les séditions militaires, n’en compromettent pas moins la vie des Européens et des missionnaires. On a le droit d’en faire responsable le gouvernement, car souvent les fonctionnaires excitent la foule en sous-main pour dériver sa fureur. C’est le procédé classique. Lorsque le chef est débordé, il se met à la tête du mouvement. L’insurrection des Boxers en a donné l’exemple. Le gouvernement l’avait d’abord combattue. N’étant pas le plus fort, il en a pris la direction. Il peut donc se faire que, sous la pression de l’opinion, le Conseil de l’Empire ne tarde pas à remercier les Européens qui dirigent des services de l’Etat. Ces services se désorganiseront aussitôt, et le peuple, qui voit dans l’étranger un exploiteur avide, lui attribuera le désordre qu’il pensera provoqué pour se rendre indispensable. Des conséquences analogues à celles de la rébellion de 1900 sont à prévoir. Si la surenchère des gracieux procédés amenait les puissances à retirer de Pékin les troupes de garde aux Légations, des émeutes éclateraient probablement. L’intervention japonaise se produirait aussitôt et l’écrasement inévitable des troupes chinoises amènerait peut-être l’événement redouté de tous : le démembrement.

Les efforts du gouvernement sont vains. La Chine est et restera antimilitaire. La matière première manque : le soldat est mauvais et le combat moderne ne permet plus de forcer les gens à se battre quand ils ne le veulent pas. Une troupe