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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/451

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des autres et de ce qui l’en rapproche ; nous allons, sous la direction prévoyante des gouvernemens, vers l’entente cordiale sud-américaine, qui respectera les individualités, mais multipliera, par l’union, les forces communes ; c’est là un progrès d’avenir dont nous ne percevons encore que des symptômes, mais l’aurore en est déjà levée, et nous en saluons de grand cœur les promesses. Dans cette évolution, l’exemple doit venir, — il est venu, — des républiques les plus avancées qui sont, sans qu’il soit besoin d’en nommer aucune, celles où la modération du climat aie mieux protégé la croissance des greffes européennes ; devant la montée de ces sentimens de concorde féconde et pacifique, il nous plaît de considérer comme négligeables quelques soubresauts du caudilismo d’antan.

Un chef Inca, bien des années avant Pizarre, avait annoncé à ses enfans l’arrivée d’étrangers, venant d’au-delà de la mer. « Accueillez-les sans violence, avait-il ajouté, car leur sang et le nôtre doivent se mêler pour la gloire future de nos pays… » Et c’est pourquoi, descendant respectueux de l’ancêtre, l’Inca Huayna Capac se soumit volontairement à Pizarre. Plus heureuse que le gouverneur Ponce de Léon qui ne put trouver en Floride la source dispensatrice de la jeunesse, la vieille Europe latine connaît aujourd’hui l’orgueil de se sentir revivre, acclimatée au temps et à l’espace, dans les nations de sa race qui grandissent sous le ciel de l’Amérique du Sud.


HENRI LORIN.