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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/449

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dernier, les Chartreux du Brésil émettaient sur le marché de Londres un emprunt public, comme auraient pu le faire un État ou une Société commerciale. Les Républiques sud-américaines ont leurs armées, leurs flottes ; plusieurs renforcent, non sans frais, leurs institutions militaires ; les grandes usines d’Europe et du Nord-Amérique se disputent leurs commandes. Et cependant la procédure d’arbitrage intervient presque automatiquement pour régler leurs différends ; leurs représentans à La Haye ont formulé, sur le droit international, des idées neuves et ne s’en tiennent pas aux mots.

Voici maintenant que ces néo-latins entrent dans l’âge des recherches scientifiques ; les missions de délimitation, qui ont fixé leurs frontières, ont dû parfois procéder à de véritables explorations ; des étrangers en avaient enseigné la méthode, Allemands au Chili, Français ou Italiens en Argentine, Américains du Nord au Mexique ; ce sont aujourd’hui des savans indigènes qui se révèlent, qui fouillent les mines archéologiques des villes aztèques et des nécropoles de la pampa, qui détaillent la flore de l’Acre et la progression des glaciers andins, qui assouplissent à l’assainissement de leurs villes les procédés les plus délicats de la chimie microbienne. Rio et Santos leur doivent d’être aujourd’hui les portiques hospitaliers de la nation brésilienne, Mexico et Puebla détendre leurs cultures sur des plateaux drainés où l’eau jadis stagnante se mue en énergie génératrice. Le musée de Caracas rassemble et fait étudier une collection de momies indiennes ; les naturalistes de l’observatoire de Lima, perché plus haut que le Mont Blanc, publient leurs recherches sur le soroche, ou mal des montagnes ; la bibliothèque Bartolomé Mitre, à Buenos-Ayres, est une galerie spécialement américaniste, grossie autour de la collection et suivant les vues du glorieux initiateur dont elle porte le nom.

Il n’entre pas dans le cadre de cet article d’insister sur l’art et la littérature des Sud-Américains ; rappelons seulement que ces Républiques ne se contentent plus aujourd’hui d’orateurs de réunions publiques et de scribes sans culture, habillant les télégrammes des agences pour les journaux. Dans la multiplicité et l’inégalité des œuvres, d’ailleurs très peu connues en Europe, on a quelque peine à discerner les noms qui s’imposent et à dégager les idées qui dominent ; cependant les jeunes littérateurs, de toutes les écoles, se tournent volontiers vers la