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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/433

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latin fortement cimenté ; par elle-même, elle fut peu de chose, mais elle n’a pas empêché un puissant travail en sous-œuvre dont nous devinons aujourd’hui les fondations ; l’Amérique Latine nous en fait voir les assises supérieures, montant vaillamment à l’air libre. Les mariages mixtes, entre Européens et femmes indigènes, furent de pratique constante dès l’époque de la conquête : Pizarre, Valdivia eurent des enfans d’Indiennes ; au XVIIIe siècle, les chefs Paulistes se vantaient de descendre du Portugais Joaó Ramalho et de la fille du cacique Tibiriça. Les sociétés qui apparaissent de nos jours les plus résistantes, les mieux trempées pour la lutte vitale, sont celles où l’union s’est, de bonne heure, faite plus intime entre natifs et immigrans ; le Chilien doit à ses ancêtres araucans quelque chose de sa vigueur réfléchie, l’Argentin tient du gaucho le sens de l’existence active à travers la Pampa, le Brésilien puise dans des hérédités paulistes certaines de ses qualités de défricheur et de pionnier. Mais, et c’est là le fait capital, tous ces atavismes américains sont latinisés ; ils l’étaient déjà, largement, au début du XIXe siècle, ils le sont plus profondément, plus décidément aujourd’hui, après l’épreuve de cent ans d’émancipation et de contacts avec des étrangers non latins, qui ne les ont pas adultérés.

Déjà donc, un peu avant la Révolution française, s’estompaient là-bas des races, sinon encore des nations ; La contrebande avait ouvert à quelques négocians, plus hardis ou plus heureux, des relations avec le dehors ; il s’était fait des fortunes, là surtout où l’administration métropolitaine atténuait ses tracasseries, au Brésil, à Buenos-Ayres. Un marchand de cette dernière ville, enrichi par le commerce interlope, Juan de Narbona, donnait, en 1717, 20 000 piastres pour la fondation d’un couvent de Récollets. De la Plata, l’esprit libéral montait peu à peu jusqu’au Pérou, colonie plus vieille, où les traditions monarchistes avaient plus de force ; il pénétrait dans le clergé ; le chanoine Maziel, que Vertiz mit à la tête de la jeune Université de Buenos-Ayres, demandait, dès 1772, la liberté de l’enseignement ; on comptait alors plus de 200 étudians dans cette capitale, d’autres groupes s’étaient réunis à Cordoba, dans le centre argentin, au Chili, au Pérou, au Mexique. Les savans qui dirigeaient leurs recherches surlo continent Sud-Américain n’étaient pas tous des étrangers, comme La Condamine ou Alexandre de Humboldt ; Juan de la Piedra, les frères Viedma exploraient les