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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/422

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encore, il est vrai, — non sans raison, hélas ! — à votre retour de Marseille, mais je ne doute pas que l’accueil du Parc ne vous ait été bienfaisant. Il doit y avoir certainement une vertu dans ce voisinage, surtout pour une âme telle que la vôtre, et vous en aurez tiré quelque bénéfice d’apaisement et d’oubli. Même maintenant que la fête de l’automne est finie et que la fièvre est éteinte, le parc d’hiver avec ses nuances délicates, attendries par la brume, doit être bien émouvant encore. Je voudrais bien m’y promener quelquefois avec vous. Je serais curieux par exemple de revoir, dans le décor de deuil de novembre, cette admirable vasque de marbre rouge et de bronze doré reculée au fond d’une allée solitaire du Grand Trianon. Les feuilles mortes et les branches nues doivent se composer étrangement en contraste avec ses magnificences galantes.

Si le cœur vous en dit, vous pourriez m’en donner des nouvelles.

Mais les vôtres surtout m’intéressent et je vous serais reconnaissant de ne pas me les faire trop attendre.

Ma femme me charge de vous remercier de votre bon souvenir. Elle a assez mal commencé son hiver. Il faudra bien des précautions et des ménagemens pour la tirer sans trop de dommage des griffes de l’hiver.

Au revoir, ma chère amie. Mes meilleurs souvenirs à votre chère fille et à vous mes sentimens les plus affectueux.


Montauban, 1905.

Chère amie,

Quelle joie d’être grondé par vous et si affectueusement. Et n’était-ce pas justement cela que je cherchais, vos si doux à entendre et si précieux reproches ? Car d’avoir douté de votre affection, non je n’en suis pas capable. Seulement je vous imaginais distraite dans l’éblouissement d’une vie brillante et parée. Et j’étais un peu jaloux de tout ce bonheur où je ne pouvais être pour rien. Mais ce tableau, vrai extérieurement, avait un envers que je ne soupçonnais pas, et voilà, qu’au lieu de vous envier, il faut vous plaindre. Oh ! je le fais de bien bon cœur !

Tant de misères, vraiment, c’est affreux ! Misères physiques et misères morales ; et vous au milieu de ces horreurs, seule et plus que seule ! oh ! c’est trop cruel à penser pour vos amis ! Et