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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/419

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Savoie, presque en exil. Ma femme est, depuis mon départ, auprès de sa sœur malade à la campagne. Il n’y avait pas de place pour me loger et j’ai attendu pour rentrer que B… fût libre de venir se reposer avec moi à la campagne. Ce moment approche. La malade va entrer en convalescence et moi je vais réintégrer le Midi. J’ai beaucoup couru, j’ai visité quelques glaciers et beaucoup de lacs, j’ai écouté de la bonne musique à Aix-les-Bains, j’ai appris des chansons populaires de la Savoie. Ce fut tout mon travail de ces vacances. Maintenant j’assiste à l’inauguration de l’automne qui arrive en douceur, avec des brumes légères, des après-midi tièdes et des matinées un peu âpres et frissonnantes. Les colchiques qu’on appelle ici du joli nom de fridolines ont émaillé les prairies de leurs nuances de pastel et maintenant c’est la pluie d’or des feuilles mortes sur l’herbe. Avant-hier soir, sur le lac du Bourget, après une journée de pêche, j’ai admiré sur la nappe immobile les reflets mêlés du soleil couchant et de la lune naissante : or et argent C’était exquis. J’aurais voulu contempler ces choses avec vous qui les goûtez si vivement. Il y aurait eu de la place pour vous sur la barque. Mais la nature est belle partout et elle pourra nous offrir en Périgord ou en Quercy des images aussi plaisantes.

Donnez-moi bien vite de vos nouvelles, ma chère amie. Et dites bien toutes mes amitiés à tous les vôtres.

Je vous serre les mains bien affectueusement.


Jacob, 1903.

Ma chère amie,

Tout notre monde de Jacob est allé à Aix entendre le concert de musique classique du vendredi. Je garde la maison tout seul avec mon petit ami Lou. Il s’est endormi sur un château de cartes que nous construisions tous les deux ; on le couche, et je vous écris avant de faire comme lui. Savez-vous que vous m’avez donné le frisson avec votre auriste ? Je n’ai pas bondi comme le docteur Ménière parce que ma jambe ne me permet plus de bondir, mais j’ai frémi du danger que vous aviez couru. Pauvre amie ! Et vous avez eu le courage d’hésiter, de vous décider presque ; votre vaillance a failli vous perdre. Dites-moi bien vite que tout cela est fini, que ce cauchemar est loin de vous.