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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/360

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pan de mur, s’étagent des mandirs alignés, tous pareils, sous la grande forêt qui se perd avec d’autres temples dans le ciel bleu. Je passe vite la rivière pour gagner l’ombre qui s’étend au pied et où je suis absolument seule. La Baghmati sacrée coule entre deux berges de grands escaliers de pierre, des ghats qui présentent à mes yeux une foule colorée, hommes et femmes, procédant à ses ablutions rituelles et à ses prières. Derrière eux, encore des mandirs, des temples, des escaliers superposés qui grimpent de temple en temple, tout là-haut, jusqu’à la grande pagode de Pashpatinath, une des plus vénérées du Népal et dont aucun étranger ne peut approcher. Tout auprès est le lieu réservé au bûcher des veuves. Je crois qu’il n’est plus utilisé.

Au milieu de la rivière dont le courant est assez fort, des hommes prennent le bain complet ; tous conservent le tangouti et, à demi baignés ou sur le bord des gradins, ils s’immergent la tête à maintes reprises en récitant des formules, se frottent par tout le corps avec cette eau qu’ils boivent pieusement. Certains, avant d’achever le bain, aspergent abondamment un grand linga qu’ils vont encore caresser tout en s’habillant. Les femmes laissent leurs plus volumineux jupons sur les ghats et descendent enroulées dans de longues draperies, dont elles peuvent encore, tout en se baignant, laver des mètres sans se trouver dévêtues. Elles procèdent en tout avec prudence et s’abstiennent de plonger la tête pour ne pas déranger leur coiffure. De même que les hommes, elles s’arrosent de leurs mains et boivent. Puis, sur la berge, chacun procède à sa petite lessive, et je vois des hommes presser leurs vêtemens mouillés pour en exprimer l’eau. Avec l’aide du soleil, les fines mousselines sèchent à vue d’œil et, bientôt, tout le monde paraît vêtu de frais. Toutes ces claires draperies et ces rites font revivre à mes yeux les belles Indes du Sud dans un cadre plus verdoyant. C’est tout l’Hindouisme vainqueur du Bouddhisme, les forces fécondes de la nature adorées dans la libre lumière du soleil à côté des beaux arbres qui plongent, quelques pas plus loin, dans la rivière.

Je ne sais ce que l’on pense de ma présence, mais elle fait quelque sensation ; sans m’en émouvoir, je contemple à plaisir les scènes pittoresques et je photographie sans relâche, montant et descendant la rive pour trouver le meilleur point. Je vois pourtant là-haut, sur la galerie d’une grande pagode, toute une