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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/277

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armagnaque de septembre 1413 ; mais il trouve un asile près du Duc de Bourgogne. Celui-ci a besoin d’un homme de cette trempe pour défendre, au Concile de Constance, les doctrines bien compromettantes de Jean Petit. Là, devant les pères du Concile, c’est-à-dire devant la Chrétienté assemblée, Cauchon, ambassadeur du Duc de Bourgogne, retrouve son adversaire, Jean Gerson.

Jean Petit, pour justifier le Duc de Bourgogne de l’assassinat du duc d’Orléans, a soutenu « qu’il est permis de tuer les tyrans sans formalité de justice. » Il y a une logique dans la vie : Pierre Cauchon plaide pour cet apologiste du coup de force, tandis que Gerson réclame la condamnation des thèses de Jean Petit. Mais Cauchon et son collègue, Martin Porée, évêque d’Arras, manœuvrent si habilement qu’ils font traîner les choses jusqu’à la fin du concile, non sans obtenir, des cardinaux délégués, l’annulation de la sentence qui, en France, avait condamné Jean Petit. Dissentiment originaire où s’inscrit toute l’histoire du temps et qui poussa Gerson à défendre Jeanne d’Arc, Cauchon à la brûler [1].

Dans les années qui suivent, Cauchon accompagne un autre des futurs juges de Rouen, maître Jean Beaupère, à Troyes, près de Charles VI, et il est un des conseillers du traité qui livre la France à l’Angleterre. Tout cela se tient ; ce Cauchon n’est pas un homme ordinaire. Au même moment, il est chargé par l’Université de Paris de défendre ses privilèges. En 1423, il se fera nommer conservateur de ces mêmes privilèges et l’Université se personnifiera, pour ainsi dire, en lui [2] : « Sédition » et « ambition, » comme dit l’orateur contemporain [3], agissent sur les deux théâtres. Cauchon tient tous les rôles.

En récompense de tant de services, il est nommé maître des requêtes du Roi. Il sollicite, alors, la prévôté de Lille. L’Université de Paris lui apporte ce certificat, pour aider à ses convoitises simoniaques : « Ceux qui ont fait preuve de courage et de persévérance dans les travaux, les veilles, les souffrances et les tourmens pour le bien de l’Eglise sont dignes aussi des plus grandes récompenses. »

  1. Noël Valois, le Grand Schisme, IV, p. 330-32.
  2. Voir l’éloge de Cauchon par l’Historien de l’Université Du Boulay (t. V, p. 912).
  3. Discours de Maître Benoit-Gentien, aux États Généraux de 1412, parlant au nom de l’Université de Paris. Il a défini, en deux mots, le mal du temps et du corps.