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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/272

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Henri VI aux gages et pensions de mille livres tournois ; à ce titre, il est désigné pour agir au nom du roi de France et d’Angleterre : donc, tous les fils de la négociation aboutissent à lui.

La négociation dure six mois. Sous trois titres on réclame Jeanne d’Arc. L’Université de Paris demande qu’elle soit mise aux mains de la justice de l’Eglise, et le vicaire général de l’Inquisition intervient à ce titre. L’évêque de Beauvais arguant de ce que « cette femme ait esté prinse en son dyocèse et soulz sa juridiction espirituelle, » « somme et requiert Mgr le Duc de Bourgogne, Mgr Jehan de Luxembourg, le bastard de Vandonne de la délivrer à l’Eglise pour lui faire son procès pour ce qu’elle est souspeçonnée et diffamée d’avoir commis plusieurs crimes, comme sortilèges, ydolâtries, invocacions d’ennemis et autres plusieurs cas touchant nostre foy et contre icelle. » Et, enfin, le même évêque de Beauvais, agissant au nom du roi Henri, tout en déniant « qu’elle soit prise de guerre, » prétend l’obtenir pourtant de ce chef. A cette fin, le Roi est prêt à payer jusqu’à six mille francs et à assigner au bâtard de Vandonne, qui l’a prise, une rente pour soustenir son estat jusques à deux et trois cents livres ; si ce n’est pas assez encore, « combien que la prise d’icelle femme ne soit pareille à la prise de roi, princes ou autres gens de grant estat (lesquels, toutes voies, se prins estoient ou aucun de tel estat, le Roy le pourroit avoir en baillant dix mil francs, selon le droit usaige et coustume de France »), l’évêque de Beauvais, toujours au nom du roi Henri VI offre cette rançon royale de dix mille francs. (Procès, t. V, p. 13.)

Pour des raisons qu’il est facile de deviner, le roi d’Angleterre écarte les prétentions de l’Université à faire juger la Pucelle à Paris, et le pacte est finalement conclu dans les termes suivans : La Pucelle sera vendue aux Anglais ; le roi d’Angleterre la livrera officiellement à l’évêque de Beauvais : « Ordonnons et consentons que toutesfois et quantes fois que bon semblera audit révérend père en Dieu, icelle Jehanne lui soit baillée et délivrée réalement et de fait par nos genz et officiers, pour icelle interroger et examiner et faire son procès, selon Dieu, raison, les droits divins et les saints canons. » Mais, par une clause de précaution insigne, il est arrêté, par le même pacte, que si Jeanne n’est pas condamnée par l’évêque et le tribunal ecclésiastique, elle retombera entre les mains du roi d’Angleterre :