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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/253

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Gênes où l’on savait, que Milan où l’on savait, que Venise où l’on savait. Des Italiens entouraient Jeanne d’Arc à Compiègne ; un prélat italien prit part au procès. Auprès du pape Martin V, un clerc français avait noté les exploits de Jeanne à Orléans, quelques semaines après que le siège fut levé. Martin V mourait, il est vrai, le 20 février 1431 ; mais le Saint-Siège ne fut vacant que treize jours. Eugène IV, Vénitien, lui succéda le 3 mars. Il est invraisemblable que Rome ait ignoré. Rome s’est tue.

La vérité est que toute l’époque fut complice de la condamnation. Tous, et surtout les clercs, puisqu’elle fut l’œuvre d’un tribunal ecclésiastique. Les uns errèrent par l’acte et la parole ; les autres par l’abstention et le silence, et nutu. Le véritable mystère est là ; il faut l’accepter dans toute son ampleur.

Qu’un fait aussi considérable en son temps, et pour tous les temps, ait été comme omis et inaperçu aux yeux de ceux qui avaient qualité pour voir et pour agir, le nœud du débat est là. On peut appliquer, à la chrétienté de ce temps, le mot d’un pape du XVIe siècle, à propos de la Réforme : « En vérité, nous avons tous péché ! »


Voilà donc, en présence des sages et des puissans du siècle conjurés contre elle, la pauvre fille enfermée dans la tour « devers les champs, » au château de Philippe-Auguste, à Rouen.

Arrachée soudain à l’enivrement du plein air, au tumulte des camps, à la joie du commandement et des batailles, à peine guérie des suites du saut de Beaurevoir, livrée à ceux qu’elle appréhende le plus sur la terre, les Anglais, la voilà au fond du cachot obscur, enfermée peut-être, d’abord, dans une cage de fer, puis enchaînée par le pied à la muraille, étendue sur un