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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/215

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Ferai-je en recevant son lumineux baiser,
Son baiser d’au-delà qui réchauffe et convie,
Devant sa face d’or mes adieux à la vie,
Et mes tourmens en lui pourront-ils s’apaiser ?

Oui, car jusqu’à la fin mystiquement visible,
Peut-être descendu pour me clore les yeux,
Ce soir, pareil à tant d’autres soirs glorieux,
Me laissera mourir comme on meurt dans la Bible.

Oui, car je veux m’éteindre un tiède soir d’été,
Un de ces soirs où l’ombre est odorante et verte ;
Où l’haleine des lys par la fenêtre ouverte
Entre avec le parfum du bonheur souhaité.

Oui, car ce soir sera de miel et d’ambre rose,
Imprégné d’une telle harmonie et si plein
De tout ce qui console et touche en un déclin,
Que je mourrai dans des clartés d’apothéose,

Oui, car proscrit depuis longtemps, ainsi qu’on l’est
Quand le sort a chassé jusqu’à l’humble espérance,
J’attends le grand repos comme une délivrance,
Comme un amer refuge où ma douleur se plaît.

Sinon sans un regret, du moins sans une plainte,
O soir tant supplié, tu me verras partir,
Mettant ton auréole à mon front de martyr
Et sacrant de tes feux très doux ma mort très sainte.

Tu me verras partir vers ceux qui m’ont aimé,
Et si ton âme avec la mienne communie,
Il ne subsistera de ma lente agonie
Que le suave encens d’un rêve consumé.


FLORAISON MYSTIQUE


L’ombre lente descend voluptueusement
Sur l’adoration de leur recueillement,
Sur la suavité de leur mélancolie,
Plus graves de sentir la lumière abolie.