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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/20

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Les fêtes de Bruges, au cours desquelles les hérauts proclamèrent la création du nouvel Ordre, furent d’une splendeur et d’un faste inouïs. La noblesse se rua en tournois et le peuple en beuveries. Le grand-duc, le héros des souverainetés apanagères, en groupant autour de lui, par ce serment et ce lien nouveaux, l’élite de la noblesse, en rafraîchissant le relief de l’état chevaleresque sur son déclin, préparait la campagne qui devait proroger le moyen âge par la défaite prochaine des démocraties urbaines des Flandres. C’était vraiment la fête de l’aristocratie.

Parmi les vingt-quatre chevaliers composant la première liste figuraient tous les hommes qui eurent sur la destinée de la fille du peuple, Jeanne d’Arc, la plus immédiate influence : messire Antoine de Vergy, qui avait conduit la campagne contre Vaucouleurs, messire Hugues de Lanhoy, qui venait de conclure les pactes d’où résultèrent les événemens de Compiègne, messire Jean de La Trémoïlle, qui entretenait les connivences avec le favori du Roi, et enfin le fatidique Jean, bâtard de Luxembourg, qui devait vendre la Pucelle aux Anglais.

C’est de la main de ce Jean de Luxembourg que Philippe le Bon avait voulu être fait chevalier ; et le bâtard avait adressé au duc ces paroles solennelles : « Monseigneur, au nom de Dieu et de Mgr saint Georges, je vous fais chevalier ; que, ainsi, vous puissiez devenir saint, comme il sera bien besoin à nous tous… » Bien besoin, en effet, car rien ne manquait plus au duc Philippe que la sainteté !


V

Jeanne d’Arc était navrée de douleur et de honte. La victoire paraissait certaine : les Anglais étaient à bout de ressources ; ils se repliaient sur la Normandie, laissant Paris sous la sauvegarde du Bourguignon ; et on s’arrêtait devant celui-ci, on les laissait s’échapper. On manquait à ce peuple naïf et enthousiaste qui se levait pour acclamer le Roi. Et c’était le Roi qui repoussait ces dévouemens sincères et spontanés ! Un contemporain l’écrit ; « Le povre et loyal peuple, joyeux de votre venue, vous faisoit ouvertes les villes de Troiez, Châlons, Laon, Reims, Senlis, Compiègne, Melun, Laingny et plusieurs autres. Et si la chose eust esté bien conduite, vous aviez sans difficulté recouvré toute votre