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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/136

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Voyage en Suède


III. LA SUÈDE RELIGIEUSE [1]

Dans les Épîtres de Fredman, le grand poète suédois Bellman nous peint un pauvre paysan qui laboure sa terre : « Tout en labourant, il portait souvent sa pipe à sa bouche, satisfait, jusqu’au fond du cœur, de son champ étroit et maigre… Il pensait honnêtement et bien, et vivait sans dispute ni tapage… On ronflait dans le village, mais l’aurore réjouissait ses yeux… Toujours le premier à sortir, il rentrait toujours le dernier, chacune de ses hardes trempée de sueur… » Et l’idylle quasi virgilienne se termine par ces mots qui y répandent une pieuse clarté et qui mettent au front de son humble personnage le signe caractéristique de la nature suédoise : « Cérès avait dressé son autel dans un bouquet de bois, près de son champ. Quand se levait l’Etoile du soir, il chantait et sacrifiait. Ainsi le jour s’écoulait. » Le chansonnier du XVIIIe siècle pense Comme le vieux barde. Scandinave Snorre Sturleson, qui définissait les Suédois au temps du paganisme « la tribu religieuse et superstitieuse. » Les autres peuples du Nord se moquaient d’eux parce qu’ils restaient à la maison « léchant leurs autels et leurs pierres de sacrifice. » Et hier encore, Oscar Levertin écrivait : « Le mysticisme ou l’angoisse religieuse est partout dans l’histoire de la

  1. Voyez la Revue des 15 janvier et 1er avril.