Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/135

Cette page n’a pas encore été corrigée


leurs attitudes, et qui frappent d’un respect et d’une admiration involontaires. Mais dans cette poésie, combien est-il de personnages qui puissent s’appeler aimables dans le sens propre du mot ? Combien en est-il qui possèdent le don mystérieux du charme ? Voilà précisément par quoi les héroïnes de Voltaire, les Zaïre et les Aménaïde, comparées à celles de Corneille et de Racine, balancent leur infériorité. Elles ont un charme indéfinissable qui nous gagne, qui nous séduit et qui nous touche.

Tels sont aussi les personnages de Marivaux. Nous les aimons, nous nous plaisons auprès d’eux, dans leur société, plus que nous ne songeons à les admirer. Et quoi d’étonnant à cela ? Marivaux les a faits à son image, et Marivaux était à la fois un bel esprit et une belle âme, et, comme lui, ses personnages ont une finesse de pensée qui va parfois jusqu’à la subtilité ; mais, au milieu des jeux où se complaît leur esprit, à tout instant leur âme se révèle, et cette âme est belle, elle est attendrie, rien ne lui est indifférent.

Les personnages de Marivaux ont une faculté de sympathie qui trouve partout à s’exercer, leurs cœurs parlent et ils y portent gravée la devise du poète latin : « Je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger. »


VICTOR CHERBULIEZ.