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d’appui du côté de Vienne. En 1907, il a fait à Berlin une visite dont il a parlé avec une particulière satisfaction dans le discours d’ouverture de son Parlement, et il a reçu chez lui, avec un empressement remarqué, après les manœuvres d’été de l’escadre autrichienne, la visite officielle de l’amiral Montécuculli.

Le roi d’Italie est le gendre du prince Nicolas dont il a épousé, en 1899, la quatrième fille, Éléna. C’était l’époque où l’Italie commençait à se préoccuper davantage de « l’équilibre adriatique » et cherchait à accroître son influence dans les mers ottomanes. Rivale de l’Autriche en Albanie, elle l’est aussi au Monténégro ; pour les Italiens, aussi bien que pour les Russes, ces montagnes, hérissées de robustes guerriers, apparaissent comme un obstacle à la poussée autrichienne ; l’existence d’un Monténégro libre et fort est nécessaire à la politique du Quirinal et les cadeaux du gendre à son beau-père consistent le plus souvent, comme ceux du Tsar, en canons. Beaucoup d’Italiens ont acquis des intérêts économiques au Monténégro, des capitaux italiens y travaillent ; nous avons vu qu’une compagnie italienne est fermière de la navigation sur le lac de Scutari, de la construction du port d’Antivari et du chemin de fer d’Antivari à Vir-Bazar ; le monopole des tabacs a été donné à une société italienne. Beaucoup de mercanth viennent trafiquer au Monténégro ; de jeunes Monténégrins fréquentent les collèges, les universités, les écoles militaires de la péninsule. Mais, entre Italiens et Monténégrins, l’intimité s’établit avec peine ; l’Italien parle du montagnard comme d’un barbare sans culture, et le montagnard dédaigne dans l’Italien l’homme qui préfère, au noble jeu de la guerre, les petits métiers qui enrichissent. Il n’y a pas, entre les deux races, d’affinités électives et, dit-on, même entre les deux cours, les rapports manqueraient d’intimité.

Les Serbes du royaume et ceux du Monténégro se reconnaissent pour frères ; les Monténégrins, à mesure qu’ils s’instruisent davantage, prennent de plus en plus conscience de leur origine et de leur histoire. Langue, religion, poésie, musique, traditions, sont communes aux deux pays : de l’Adriatique au Danube, il n’y a qu’un seul peuple serbe sous plusieurs dominations ; mais, entre les gouvernemens, la sympathie est loin d’être aussi vive. Au temps des Obrenovitch, les rapports entre les deux cours n’étaient pas bons, Nicolas ayant marié sa fille aînée à Pierre Karageorgevitch. Après la tragédie de 1903, le prince