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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 56.djvu/97

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LE MONTENEGRO ET SON PRINCE.

l’alliance est indispensable, mais peut-être la tutelle paraît-elle parfois un peu lourde. Tout en s’appuyant avec confiance sur la Russie, il a, pour le bien de son pays dont les intérêts sont devenus plus variés et les relations plus compliquées, cherché d’autres amitiés. Le Monténégro est voisin de l’Autriche par la Dalmatie et par l’Herzégovine ; les montagnards, du haut du Lovtchen, ne peuvent regarder sans envie la petite cité de Cattaro peuplée de « frères serbes » qui, en 1813, quand les Français se retirèrent, votèrent par acclamation leur réunion à la principauté. D’Antivari, ils montrent aussi avec colère les hauteurs de Spizza qu’ils avaient conquises au prix de leur sang en 1877 et que les Autrichiens se firent donner au Congrès de Berlin. Le peuple monténégrin ne conçoit pas d’accommodement possible avec l’Autriche, telle qu’elle est aujourd’hui constituée ; mais le prince, responsable de l’avenir de son pays, ne peut manquer d’avoir une autre attitude envers un voisin très puissant. Entre le Cabinet de Vienne et le gouvernement princier, les rapports sont très bons, avec, de la part de l’Autriche, une nuance de hautaine protection dont s’irrite parfois l’amour-propre de la cour de Cettigne. Souvent les agens autrichiens, dans les petits Etats des Balkans, croient politique de prendre un ton rogue et, à la moindre difficulté, d’user de menace ; ce manque de doigté leur a probablement plus nui que tous les efforts de leurs adversaires. Mais, entre la Russie qui le protège de loin et l’Autriche qui l’opprime de près, le prince Nicolas est obligé, surtout dans les momens où Vienne et Pétersbourg ne sont pas en rapports amicaux, de louvoyer et de ménager ceux qui peuvent lui nuire ; il est passé maître à ce jeu d’équilibre dans lequel il a, très habilement, introduit l’Italie et l’Allemagne. D’ailleurs, la principauté et le prince sont si pauvres, et il en coûte si cher de moderniser un pays de montagnes comme la Tchernagora, qu’il faut savoir accepter tous les bons offices et puiser aux bourses qui s’ouvrent. Le Monténégro serait tenu, dit-on, envers la cassette impériale de François-Joseph, et même envers celle d’Abd-ul-Hamid, à certaines gratitudes. En face de la politique autrichienne d’expansion balkanique, le Monténégro, comme la Serbie, est un « butoir » que le Ballplatz cherche à aplanir par les mêmes procédés qui réussissaient en Serbie au temps des Obrenovitch. Le prince Nikita n’a pas l’âme d’un Milan ; mais il a parfois cherché un point